mardi 23 août 2016

Ray's Day 2016 : le « making of », partie 1

Chose promise, chose due : comme je l'annonçais hier dans le billet présentant mon initiative pour le Ray's Day, je vais vous parler de la conception et de la confection du livre que j'ai produit artisanalement. Comme ça risque d'être assez long, je le ferai en deux parties. Cette première concerne la phase d'illustration de la nouvelle ; des informations sur la mise en page et la reliure suivront. (Notez que les abonnés de ma page Facebook ont pu voir une bonne partie de ces images en primauté ; n'hésitez pas me suivre sur ce réseau social pour bénéficier du même avantage.)

Vu que mon grand dada du moment, c'est la gravure, je n'ai jamais considéré la perspective d'autoéditer La Main de Gloire sans illustration. Dès le début, c'était clair : il devait y avoir des images. Mais, à partir de là, le cahier des charges a tout de même bien évolué...


Ainsi, de base, j'envisageais une couverture illustrée. Je voulais cependant quelque chose de coloré, qui attire l'œil. Or, je souhaitais réduire les coûts, et ne suis du reste pas encore prêt à m'attaquer à la gravure polychrome, ce qui excluait une image en couleur. Quant à imprimer une image en noir sur un papier de couleur, je craignais que cela ne rende pas bien par manque de contraste. Je me suis donc rabattu sur la technique de l'embossage, qui m'est accessible depuis que j'ai acquis une presse (j'en parlerai plus en détail dans la suite du « making of »). Cela fait déjà une image en moins.

Pour ce qui est des illustrations intérieures, l'idée initiale était de les faire en pointe sèche sur cuivre, en faisant le dessin à part, puis en le reproduisant au papier carbone sur la plaque, afin d'avoir un résultat très propre. En fin de compte, par manque de temps (m'y étant pris bien trop tard, je n'ai finalement eu que deux soirées/demi-nuit à consacrer à l'illustration) et d'entraînement avec le cuivre, je les ai faites sur Tetra Pak, une matière sur laquelle le papier carbone ne fonctionnera pas et sur laquelle il est difficile de faire une esquisse puisque même la mine d'un crayon laisse une marque en profondeur. De même, je me suis résolu à en produire moins. Du coup, mon ambition est rapidement passée quatre ou cinq gravures sur cuivre à deux ou trois gravures sur Tetra Pak (je m'estime déjà très heureux d'avoir eu le temps de faire la troisième).



Voici la première des gravures produites (la seconde dans l'ordre de lecture), que j'ai réalisée mercredi soir. Vu que j'ai dû travailler rapidement, à main levée, toutes sont un peu naïves et brutes, avec de nombreuses imperfections. Je me suis ainsi rendu compte que, si je commence à avoir la main pour graver des portraits, je suis très peu entraîné à graver des bâtiments. Et mine de rien, ce n'est pas évident de faire des lignes droites, lorsqu'on n'a pas la possibilité de se corriger. Même chose pour la symétrie que je maîtrise fort mal. D’où l’aspect assez bancal de ce mausolée...


Voici la petite série que j'ai imprimée (photographiée en phase de séchage, immédiatement après l'impression), de manière à avoir une bonne estampe à scanner et à reproduire. Je n’ai en effet pas pu insérer les gravures directement dans les vingt-deux exemplaires de la nouvelle, d’une part car cela réclamait un temps que je n’avais pas, et d’autre part car le Tetra Pak ne permet pas de trop nombreux tirages. C’est en effet une matière relativement fragile, qui se dégrade au fur et à mesure des impressions.

Notez que mon premier essai n’est pas assez foncé, parce que j’avais trop peu serré les rouleaux de ma presse. J’ai corrigé le tir dès le suivant, ce qui fait que les trois autres estampes sont bien plus homogènes. C’est finalement la seconde qui sera reproduite dans la plaquette. En voici une photo en bonne dans la meilleure qualité que je peux obtenir avec mon vieil appareil. Elle est en très grand format : je vous encourage donc à cliquer dessus (et également sur les suivantes) pour obtenir un meilleur affichage.



Les dimensions de cette gravure sont 8,6 x 11,8 centimètres, tandis que, pour l'impression dans la plaquette, elles ont été réduites à 6,6 x 9,3. Vous vous doutez bien qu'une perte de qualité est à déplorer. De même, le scannage et l'application de quelques filtres dans l'espoir de réduire les impuretés en arrière-plan empêchent, je pense, de bien rendre compte de l'effet original.


Voici donc la page d'illustration telle qu'elle est insérée dans les vingt-deux exemplaires de la nouvelle (notez la large marge à gauche, nécessaire à la reliure japonaise). La légende est en fait un court extrait du texte. J'ajoute qu'un petit indice quant à un élément de l’intrigue est présent dans l’image. À vous de le trouver !


Le lendemain, je me suis attaqué à la seconde illustration (la troisième, dans l'ordre des pages), dont voici la plaque gravée. C'était la première fois que je gravais un animal à poils (c'est assez étonnant d'ailleurs : j'ai gravé au moins cinq crapauds, mais jamais de chat ou de chien) et j'ai découvert non sans détresse que produire une texture de pelage réaliste est affreusement difficile. Il y a du reste quelques soucis anatomiques, puisque cette fois encore j'ai gravé à main levée : la truffe du chien de profil, les oreilles de celui de face...


Voici la série imprimée, en cours de séchage. En fin de compte et malgré mes craintes, je trouve que le pelage rend bien et que les défauts anatomiques restent assez discrets.

En revanche, j'ai entamé un nouveau tube d'encre (j'avais fini le précédent sur le mausolée) et trouve celle-ci un peu trop liquide. Je ne sais pas si c'est dû à cela, mais il me semble que ces estampes sont moins contrastées que d'ordinaire… Cela dit, cette encre se lave plus facilement que l’autre. Du coup, je ne sais encore trop qu’en penser. Peut-être n’est-elle pas si mauvaise, en fin de compte ; je vais encore lui laisser sa chance avant d’arrêter une opinion définitive…




Les dimensions de base de la gravure sont 8,5 x 11 centimètres ; dans la plaquette, elles ont été réduites à 6,6 x 9,2. Une fois encore, les lecteurs n'auront hélas pas droit au rendu réel de l'œuvre...


Voici enfin la troisième et dernière illustration de la nouvelle (mais première dans le sens de l'histoire), que j'ai réalisée jeudi soir. Une première difficulté était qu'il s'agit du tout premier portrait que je grave sans modèle (j'ai brièvement envisagé, pour le gag, de conférer au personnage les traits de Ray Bradbury, mais y ai renoncé car il ne ressemble au rien à la description que je fais dans le texte). Je devais donc inventer des caractéristiques anatomiques cohérentes, ce que je n’ai réussi, je pense, qu’à moitié. Une seconde difficulté était que je n'ai pas une image « fixe » de ce personnage en tête : il apparaît dans plusieurs de mes fictions, et j'ai tendance à le décrire à chaque fois différemment, en fonction de mon humeur.

Du coup, j’ai suivi mon inspiration du moment en partant des quelques caractéristiques physiques importantes et récurrentes de ce personnage polymorphe : le nez aquilin, les sourcils broussailleux, les cheveux blancs. Un défi était que je devais lui conférer à la fois une attitude bienveillante (c’est un adjuvant du héros) et une physionomie un peu cruelle, propre au personnage. C’est ce que j’ai essayé de faire avec sa moue et le léger froncement du nez, mais je ne trouve pas que ce soit une grande réussite. Les lèvres, franchement, sont ratées. Les oreilles aussi… Je me rends compte que les faire aussi décollées ne s’accorde pas avec le reste du visage (j’ai de plus maladroitement essayé de représenter du poil qui en sort, ce qui n’arrange rien). De même, la mâchoire est trop anguleuse. Je voulais en fait éviter de lui faire un visage trop étroit, mais ai causé une légère disproportion…

Bref, ce n’est pas formidable, comme résultat. J’ai également renoncé à graver une trame en arrière-plan. Cela semblait une bonne idée sur le moment, mais je n’en suis plus très sûr…



Voici ce qui est sorti de la presse. J'ai tiré six estampes non parce que je ne parvenais pas à en sortir une bonne (elles sont très régulières, quasiment identiques en fait) mais parce que j'étais particulièrement satisfait de la netteté d'impression et voulais du coup en avoir un peu plus. Cette gravure recourt davantage à la ligne claire que les autres, et je vois donc d'autant plus la qualité de la presse, qui offre une précision d'impression que je n'aurais jamais pu obtenir à la cuillère...



Les dimensions de base de l'estampe sont 6,7 x 10,1 centimètres ; dans la plaquette, elles sont 6,6 x 10,9. Travaillant à la mise en page sur base du seul scan, je ne me suis en fait rendu compte qu'après coup que je l'avais agrandie. Le rendu, dès lors, est particulièrement décevant. Ici, tout se combine : le manque de contraste dû à la nouvelle encre, le scannage, la perspective de l’impression m’obligeant à passer en noir et blanc (tandis que le mon papier simili japon, de base, est jaunâtre), l'agrandissement... Dès lors, l’image apparaît particulièrement « fade », sans profondeur. Et l’absence de trame de fond n’aide sans doute pas.

J’ai donc le sentiment que quelque chose a été perdu en route : on ne remarque pas bien qu’il s’agit d’une gravure (ça pourrait tout aussi bien être un dessin au crayon scanné). C’est vraiment dommage, je trouve, car la gravure est tout de même quelque chose d’un peu rare aujourd’hui, que je voulais justement mettre en avant...


Du coup, je reste sur un sentiment un peu amer, en ce qui concerne l'illustration de cette nouvelle. Je pense que j'ai commis beaucoup d'erreurs, à cause des délais imposés mais pas seulement : me passer de brouillon, ne pas adopter de suite le format final, me charger moi-même des retouches numériques (là, je m'en veux particulièrement, car j'ai une foule de potes graphistes super calés en la matière et que je n'ai pas pensé une seule seconde à les solliciter)...

Certes, en ce qui concerne la gravure, ce projet aura été l'occasion de quelques expérimentations et — j'espère — de légers progrès. Il m'a en tout cas poussé à m'attaquer à des sujets laissés jusque là inexplorés. Cependant, pour ce qui est du rendu final, c'est une grosse déception.

Mais soit. J'espère tout de même que ce billet vous aura intéressés. N'allez cependant pas croire qu'il expose la bonne manière d'illustrer un livre. C'est tout l'inverse, je pense, au point que je pourrais presque l'intituler : « Comment un parfait autodidacte illustre un livre et fait (quasi) tout de travers. » 

N'oubliez en tout cas pas de repasser par ici, car je posterai dans le courant de la semaine un second billet parlant de la reliure de ma nouvelle. J'ajoute que vous pouvez toujours vous inscrire au tirage au sort pour gagner l'un des vingt-deux exemplaires de La Main de Gloire. Les consignes d'inscription se trouvent toujours ici.


2 commentaires:

  1. ça pourrait s'appeler « Comment un parfait perfectionniste illustre un livre et pense qu'il a fait (quasi) tout de travers. »

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    1. Il y a un peu de cela, oui. Je reste un peu sur ma faim, par rapport à certains aspects du boulot, et c'est sûrement dû en grande partie à ma maniaquerie.

      Cela dit, les nombreux commentaire positifs que je reçois sur ce projet m'aident à ne pas me juger trop sévèrement. Merci donc à tous pour votre soutien et vos encouragements. :)

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