vendredi 29 mai 2015

Mystère égyptien #2

Billet édité le 4 juillet 2016 : le texte initialement posté ici mon second « Mystère égyptien », daté du 26 mai 2015 a été supprimé du blog suite à sa publication dans le numéro 35 de la revue de poésie Bleu d'Encre.

jeudi 28 mai 2015

Nouveaux articles sur l’iconographie sabbatique

J’ai dernièrement publié deux articles supplémentaires dans le webzine Faunerie, poursuivant ma série explorant la diversité des scènes de sorcellerie dans la peinture. Ces deux derniers textes n’en formaient à la base qu’un, qui s’est étendu au point de devoir être divisé. Ils ont donc paru avec quelques semaines d’intervalle.

Le premier, publié fin avril, est un addendum, destiné à compléter mon premier (consacré à l'initiation intergénérationnelle) et mon second article (consacré au « mème » de la main de gloire et la cheminée). Force est en effet de constater que j'ai commis bien des oublis en les écrivant, et qu'une foule d'œuvres intéressantes n'est parvenue à ma connaissance que postérieurement à leur rédaction. Loi de la frustration universelle oblige, j'en ai du reste découvert d'autres encore depuis. Un second addendum s'imposera donc, à moyen terme.


Pierre Maleuvre, d'après François Marie Isidore Quéverdo, Départ pour le Sabbat, 1780.

William Mortensen, Préparation pour le Sabbat, 1936.

Le second de ces deux nouveaux textes, publié lundi, s'intitule En route pour le sabbat des sorcières (4) : les diabologies de Félicien Rops et consorts. J'y mets à profit les recherches effectuées lors de la rédaction de mon mémoire de fin d'études. Plus précisément, je m'y intéresse à une série d'œuvres similaires, mettant toutes en scène de jeunes sorcières accomplissant des préparatifs au vol vers le sabbat. L'esthétique de Rops apparaît avoir eu une influence certaine sur plusieurs de celles-ci, produites notamment par son disciple Armand Rassenfosse et par Chas Laborde. Je suis assez content d'être parvenu à rassembler ces œuvres ; elles font un bel ensemble...



Félicien Rops, Petite Sorcière, aquatinte et pointe sèche, vers 1879.

Chas Laborde, illustration pour Pierre Mac Orlan, Le Nègre Léonard et Maître Jean Mullin, Paris, éd. de La Banderole, 1920.

dimanche 24 mai 2015

Mystères égyptiens

Je vous ai déjà confié les difficultés à écrire ressenties cette dernière année. Sans forcément souffrir de syndrome de la page blanche, je peine à trouver un projet dans lequel me plonger pleinement et m'épanouir. J'en ai assez d'écrire des poèmes sur des sorcières (j'en ai produit plus de cent-cinquante en tout, et en ai compilé soixante-six dans un recueil qui court aujourd'hui — sans grand succès — les éditeurs) ; il me faut quelque chose de nouveau.

Dès l'été passé, alors que j'achevais ma précédente série, j'ai eu l'intuition de ce que devrait être la suivante : des Mystères égyptiens. C'est logique, en somme : en bon néo-romantique, j'applique à la lettre la recette proposée par Hugo dans sa préface des Orientales. Après m'être plongé dans la « mer de poésie » moyenâgeuse, je m'en vais me « promener en Orient pendant tout un volume », ainsi que lui-même l'a fait. Certes, son Orient à lui était contemporain ; le mien ne le sera pas. En cela, je regarde vers le Parnasse.

Quant à l'expression, elle m'est venue en me remémorant, au cours d'une balade, les paroles d'une chanson de Djinn SaOUT (« Un regard de félin », dans Le Désir des grands espaces, 2010) : « Des paupières qui se dessinent / Comme des mystères égyptiens / Qui remontent le Nil » Ces deux mots me sont restés et, alors que je réfléchissais à mon retour en poésie, les mois suivants, il m'est apparu qu'il ne pouvait prendre d'autre direction que celle-là. J'essaie depuis longtemps d'expliquer dans une chronique pourquoi je me sens tant d'atomes crochus avec ces textes que j'écoute plus qu'aucun autre, mais peine encore à le faire. Cela viendra.

Bref. Une fois le thème arrêté, il a fallu réfléchir à la forme. Mon premier réflexe a été de ne rien changer : j'ai ainsi rédigé en novembre un sonnet d'alexandrins intitulé La Danseuse égyptienne, qui paraîtra très bientôt dans le Grimoire du Faune. Je croyais avoir ainsi débroussaillé le chemin mais celui-ci s'est révélé impraticable : impossible de démarrer une série sur cette base. L'inspiration manquait. C'est finalement en relisant Aloysius Bertrand — que ce soit pour l'illustrer ou en étudiant le romantisme dans mes classes de français — que le déclic s'est produit.

Fini l'éclectisme : cette nouvelle série de poèmes est à placer sous le seul signe de la prose et reposera non plus sur rime mais sur l'assonance et l'allitération. Je ressens également le besoin d'épurer cette forme, et ai donc renoncé aux titres et aux exergues. Les poèmes seront simplement numérotés.

Au cours des derniers mois et avant d'opter pour une structure narrative, quelques autres essais ont été produits, sans doute plus audacieux mais le plus souvent demeurés inachevés. En voici un datant de janvier, sans doute guère abouti mais que je n'ai pu peaufiner, faute de parvenir à retrouver l'état d'esprit bizarre dans lequel je me trouvais en l'écrivant.

Qu’y a-t-il dans le Nil ? Des statues oubliées, vestiges de cités anciennes enfouis dans le liquide, immergés dans le temps. Font-elles encore de l’ombre sur les mortels, ces statues ?
Qu’y a-t-il dans le Nil ? Des demi-dieux amphibies, des nageoires célestes, la troupe innombrable des poissons magiques qui furent faits sublimes par les rêves des hommes. Ils nagent encore, savez-vous.
Qu’y a-t-il dans le Nil ? Un coffre, peut-être, empli des parchemins de jadis où des hommes sages couchaient les erreurs et les exploits d’hommes fous et beaux. Leur secret est percé.
Qu’y a-t-il dans le Nil ? Un cadavre, peut-être : un sarcophage plein, huitre emprisonnant la momie d’un grand Roi. Huitre sublime, qui brille et enrobe toute chose de ses reflets. Je la vois.

Bandelettes dans le sarcophages ; dans les bandelettes, un corps sans organe. Des dents blanches, de la peau d’ébène, plissée, salée, presque pierre aujourd’hui.
Et derrière ses dents serrées, Pharaon cache une langue qui goûta en son temps les vins les plus subtils, les breuvages les plus précieux. Une langue qui se fit d’or pour parler aux foules, pour entretenir son mythe et captiver ses sujets. Une langue dont l’adresse était connue des danseuses du temple et des courtisanes alanguies contre son trône.

La langue est séchée. Demain, un voleur viendra, bravant l’eau et la pierre. Il arrachera la langue, en fera une poudre et l’infusera.

Et les pouvoirs immenses du fils du Râ seront à lui.

S’il la boit.


(Je suis un voleur.)
 
16.XII.2014

Histoire absurde, j'en conviens. Quoique, lisant récemment Mystiques et Magiciens du Tibet d'Alexandra David-Néel, j'ai été surpris de retrouver dans sa description du rite du ro-lang des aspects de mon texte : « À la fin, la langue du cadavre pointe au-dehors. C'est le moment critique. Avec ses dents, le sorcier doit la saisir et l'arracher. Aussitôt le cadavre retombe inerte et la langue, soigneusement desséchée et conservée par le sorcier, devient une puissante arme magique [p. 170]. » Mon poème n'en est bien sûr pas bon pour autant, mais je trouve la similitude amusante...

En fin de compte, j'ai prévu d'employer une forme moins hybride, narrative et régulière dans ses paragraphes, assez proche des poèmes du Gaspard de la nuit. J'ignore combien de ces Mystères égyptiens seront écrits, s'il y en aura assez pour remplir un recueil et s'ils seront postés au fur et à mesure sur ce blog. J'ignore même si cette nouvelle direction est la bonne ou si c'est une impasse supplémentaire. Si mes textes sont bons, en somme. C'est pourquoi je les soumets à votre appréciation : vos commentaires sont les bienvenus.

Voici le premier. Il me paraît encore bon de préciser que, si je compte profiter de cette opportunité pour me documenter sur la civilisation et les croyances égyptiennes (le sujet m'intéresse beaucoup en ce moment, comme certaines de mes gravures vous l'ont peut-être fait remarquer), ces poèmes décriront avant tout un monde fantasmé — romantique en somme —, à la manière de la Carthage de Salammbô. N'y cherchez donc aucune authenticité.


Billet édité le 4 juillet 2016 : le texte suivant — mon premier « Mystère égyptien », daté du 15 mai 2015 a été supprimé du blog suite à sa publication dans le numéro 35 de la revue de poésie Bleu d'Encre.

vendredi 15 mai 2015

Publication dans V&S Mag

Décidément, j'ai la tête en l'air, en ce moment. Après avoir dernièrement annoncé avec des mois de retard deux publications, voilà que j'en trouve encore une qui m'a échappé. Pour ma défense, mon nom s'y trouve tronqué ; si d'aventure l'un de vous est tombé au détour de la toile sur une nouvelle signée « Julien N », qu'il ne s'interroge plus : j'en réclame et assume par la présente la paternité. Peut-être à tort, car c'est loin d'être de la grande littérature : l'œuvre s'intitule sans vergogne Marilou Boutin et le poltergeist fétichiste. En voici un court extrait.

Vendeuse de souliers, c'est une excellente place, pour une sorcière. D'une part, Marilou y excelle, grâce à ses pouvoirs de persuasion hors du commun, et, d'autre part, plus que beaucoup d'autres, ce lieu lui plaît. N'est-ce pas un peu magique, au fond, un magasin de chaussures ? Partout de la moquette, qui étouffe les pas et ainsi préserve la grâce du silence ; partout une odeur de cirage... Un côté labyrinthique, aussi, étant donné l'ampleur du stock qu'il a fallu entasser dans un espace si réduit — et puis il y a partout des boîtes ! Qu'y a-t-il de plus magique qu'une boîte ? Quoi mieux que cet objet sait à la fois dissimuler et susciter la curiosité ? C'est le mystère dans son essence la plus concrète ; Pandore en témoigne !
Marilou étant sorcière, elle aime les boîtes. Et étant femme avant d'être sorcière, elle aime les chaussures ! Alors, c'est peu dire qu'elle aime son emploi. D'où son dépit lorsqu'un poltergeist a fait son nid dans la boutique de monsieur Deslauriers...

Certains s'en souviennent peut-être : j'ai écrit ce texte l'été passé à l'occasion d'un défi d'écriture lancé par le site Vampires et Sorcières (il s'y est classé second ex æquo). C'est dans l'organe de ce dernier, V&S Mag, qu'il a été inséré, il y a déjà quelques temps puisque le numéro fut publié à l'occasion du dernier Halloween. Mieux vaut en parler tard que jamais...

Le numéro est à lire en ligne via la plateforme ISSUU ; ma nouvelle se trouve aux pages 65-67.

dimanche 10 mai 2015

Premier(s) essai(s) de kitchen litho

Dès janvier dernier, j'ai réalisé plusieurs essais d'estampes via la technique de la « kitchen litho », mise au point par Émilie Aizier. Ce furent de lamentables échecs. Cependant, je suis tout dernièrement parvenu à obtenir un vague résultat, que je vous fais partager.

La « kitchen litho » est un procédé dérivé de la lithographie. En bref, cela consiste à graver avec du soda — par acidulation — une feuille d'aluminium sur laquelle il a été dessiné au crayon gras, puis à l'encrer grâce à la répulsion entre l'encre à base d'huile et l'eau dont on l'a enduite.

En théorie, cela semble simple. En pratique, les choses sont plus compliquées, ainsi qu'en témoigne ce premier essai assez raté. La piètre qualité de l'estampe provient, d'une part, de ma surestimation de la netteté permise par cette technique et, d'autre part, de traces de doigts que j'ai involontairement faites sur les bords de la planche.

Un mot sur le sujet choisi pour cet essai : il s'agit de la représentation classique du démon Baël (un être tricéphale — humain, chat et crapaud à la foi —, couronné et juché sur des pattes d'araignée) auquel j'ai donné les traits de Gérard Depardieu. Sans raison particulière.

Le dessin réalisé au crayon lithographique.

L'estampe.

Avant de m'attaquer ainsi à Depardieu, j'ai réalisé plusieurs autres essais avortés. Ayant commis différentes erreurs (mauvais choix d'encre, dessin réalisé sur la mauvaise face de la feuille d'aluminium, etc.), ces tentatives ne produisirent aucune estampe. Voici néanmoins des photographies des dessins que je comptais reproduire.

Le dieu mésopotamien Pazuzu avec des tentacules ; ce concept a finalement été exploité par une linogravure.

Un scarabée ailé égyptien.

Un autre, finalement également reproduit en linogravure.

Une sorcière chevauchant un bouc jusqu'au sabbat, inspirée de celles du graveur français Joseph Apoux.

Vous le constatez : il reste du travail. Mais je vous ai déjà souvent dit combien je crois en l'apprentissage essai-erreur. Après tout, cette chose immonde — ma toute première estampe — ne date que d'il y a quelques mois. Or, un sacré chemin a déjà été parcouru depuis ce balbutiement. À très bientôt donc, avec de nouvelles kitchen lithos — moins laides, j'espère !

jeudi 7 mai 2015

Le Danseur de limbo blasé

Voici une gravure un peu bébête, réalisée à la pointe sèche sur feuille de plastique. J'ai tardé à vous la montrer : la gravure à été effectuée le 9 avril, déjà, et l'impression le 30. La première comme la seconde étape a été un peu bâclée, je dois donc dire que c'est très loin d'être l'estampe dont je suis le plus fier. Cela dit, j'aime bien son côté un peu sale ; d'autres versions, plus claires, ne rendaient pas du tout la même atmosphère. Ainsi, cette gravure m'a au moins permis de faire quelques tests lors de la phase d'essuyage de l'impression taille-douce...


L'estampe (10x15cm) ; je vous fais grâce de la plaque gravée, presque impossible à photographier à cause de ses reflets.




L'image s'inspire de deux œuvres dont je parle dans un de mes articles : Diuus Iacobus diabolicis praestigiis ante magum sistitur de Pieter Brueghel l'Ancien et Initiation de sorcières de David Teniers le Jeune. À la première, j'ai emprunté le personnage de l'« homme chamboulé » (l'« homme-patate » dirait un de mes colocataires) dont le visage est sur le ventre et dont les bras et les jambes sont interchangés, de même que la bestiole de gauche ; le personnage du « moine-oiseau » au balai sort quant à lui de la seconde (quoiqu'on peut en apercevoir un fort semblable dans la gravure de Brueghel, à gauche du saint homme). Je me suis dit qu'il serait intéressant de mélanger les deux dans une scène grotesque, d'où l'idée de leur faire danser le limbo. Un peu bébête, comme je l'ai écrit plus haut. Mais peu importe.

Pieter Brueghel l'Ancien, Diuus Iacobus diabolicis praestigiis ante magum sistitur, 1565.

David Teniers le Jeune, Initiation de sorcières, 1647-49.

vendredi 1 mai 2015

Deux publications oubliées

Je me suis rendu compte tout dernièrement que j'ai omis d'annoncer sur ce blog deux de mes publications, dont à vrai dire j'ignorais jusqu'à présent la parution. L'époque où je trépignais d'impatience et vérifiais sans cesse le devenir de mes textes est bien révolue : à présent, en l'absence de notification, je ne m'en aperçois souvent pas.

Cela justifie que je ne dis pas un mot, dans mon billet Du neuf en prose, sur le quatrième numéro du webzine Chrysalide, pourtant alors déjà sorti. J'y ai placé une nouvelle, intitulée La Solitude de Samson. Accrochez-vous : elle date de l'été 2011. Certains se souviennent peut-être de mon personnage récurrent d'alors, le « Sorcier d'à côté » ; cette nouvelle est une de ses aventures, demeurée jusqu'ici inédite (non sans raison : c'est loin d'être celle dont je suis le plus fier).

Ce numéro est à télécharger au format PDF ou à lire en ligne via la plateforme Calaméo.

Elle exploite en fait une idée régulièrement exprimée dans mes textes : qu'à force de nourrir ses rêves de pensées conscientes, ils tendent à prendre plus (trop) de consistance. J'en ai vaguement fait moi-même l'expérience, vers cette époque, alors que je tenais assez rigoureusement un journal où je les consignais. Il va cependant de soi que mes bizarreries à moi conservèrent des proportions très différentes de celles — toutes fictionnelles — que rencontre Justine, l'héroïne de mon récit dont voici l'incipit.


Cela fait à présent trois mois que Justine tient un journal de ses rêves. Trois mois que les nuits semblent s’allonger tant les lignes tendent à se multiplier. D’abord, il y avait la curiosité : un vieux carnet de ses années de lycée et quelques mots chaque matin ; des impressions, des images, du flou. Puis, des souvenirs qui surgissent de plus en plus aisément, de moins en moins loin ; les notes se transforment en récits, le projet tourne à l’obsession et a vite fait de remplir le mince carnet, remplacé par un autre relié de gros anneaux. Un rituel s’est installé : le matin, avant le petit déjeuner et les paupières toujours collées de sommeil, Justine s’assied à son bureau et couche son voyage sur le papier tant qu’il est encore frais et qu’elle n’a pas raccroché ses bottes d’arpenteuse de songes.
Chaque nuit l’emporte dans un monde qui se complexifie ; elle ignore si elle rêve plus depuis qu’elle en garde trace ou si elle se souvient simplement de davantage, mais elle se prend au jeu. Elle veut voir où sera la limite, ce qui apparaitra lorsqu’elle se sera aventurée trop loin pour encore progresser. Quelques gros cauchemars et réveils en sueur n’ont suffit à attaquer sa motivation et elle se couche chaque soir plus tôt dans l’empressement d’être le lendemain et d’avoir quelque chose à écrire.


J'ai de même omis de rapporter ici la parution, en février dernier, du septième numéro du webzine Enchantement, qui m'avait alors fait l'honneur d'une mention sur sa couverture. On trouve en effet, au sommaire de cette revue spécialisée dans la romance, un poème de ma plume. Il s'agit d'un inédit ; un petit dizain décasyllabique intitulé Amour tzigane qui date, déjà, d'octobre 2013.

Ce numéro est à télécharger aux formats EPUB, Kindle et PDF.

Il serait vraiment temps, au vu de ces publications qui s'entassent, que je mette à jour ma bibliographie, incomplète depuis des mois. Promis, je m'y attellerai un de ces prochains jours...