mardi 30 décembre 2014

Portrait de Gerald Gardner

Voici une nouvelle estampe, que j'ai gravée dimanche. Je l'ai entreprise dans une démarche similaire à celle ayant mené à la réalisation de la précédente, en choisissant un sujet un peu plus chevelu, afin de pouvoir tester une technique différente. Il s'agit d'un portrait de l'occultiste anglais Gerald Gardner.


À nouveau, il s'agit de la première estampe tirée. Notez que le léger strabisme du sujet est dû partiellement à un défaut d'impression ; il est malheureusement difficile d'en effectuer une parfaite d'une plaque aussi détaillée (de même, la date est défectueuse, sur celle-ci).

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samedi 27 décembre 2014

Portrait de Jean Ray

Je vous ai déjà souvent parlé de mon auteur favori : Jean Ray. J'ai eu hier l'idée de réaliser son portrait.


Cette linogravure est de très loin ma préférée, à ce stade. C'est en fait celle dont la réalisation m'a offert les meilleures sensations. J'avais à la base l'intention de graver de façon très méthodique, en délimitant des zones précises (je me suis basé sur une photographie illustrant cet article du Nieuwsblad). Cependant, très vite — dès que mon esquisse au stylo-bille a commencé à s'effacer sous les frottements de ma paume, en fait —, je me suis lancé à l'instinct et me suis mis à hachurer assez furieusement ma plaque.


Je crois que la musique a beaucoup joué, dans ce revirement. J'écoutais en travaillant un album que j'affectionne tout particulièrement (et que j'écoute d'ailleurs encore en rédigeant ce billet) : Le Désir des grands espaces. Il a été produit par Djinn SaOUT, un groupe namurois — comme moi — que j'ai découvert à dix-sept ans et que j'écoute très régulièrement depuis lors. Il s'agit de formidables chansons à texte, et je pense donc que me concentrer dessus m'a permis de me libérer du « poids de la gouge » et, me faisant davantage confiance, de graver cette image, à mes yeux très réussie. Du reste, il me paraît utile de souligner que Djinn SaOUT est, à mes yeux, l'un des plus dignes héritiers (voire même, j'ose le terme, que certains jugeront anachronique : plus dignes représentants contemporains) de l'« école belge de l'étrange » fondée par Ray. Il n'est donc guère étonnant que les deux se soient si bien accordés...

Toujours est-il que j'ai vécu un moment de très grande satisfaction, durant lequel je ne me suis plus senti être un « type qui chipote avec des gouges » mais, très brièvement, un artiste. Cela se ressent, à mon avis, dans l'estampe qui — sans être non plus parfaite, bien sûr — a autrement plus d'allure que les précédentes. Il me semble en tout cas qu'on retrouve dans certains traits la fébrilité qui me portait. 

Il est aussi intéressant de noter que, pour une fois, je n'ai pas pris le temps d'inspecter minutieusement mon travail, à la recherche d'éventuels défauts : j'ai aussitôt sorti mon encre pour procéder à l'impression. Et — fait inhabituel — la toute première estampe produite est celle que j'ai scannée pour vous montrer. D'ordinaire, celle-ci ne me satisfait jamais ; cette exception est donc d'excellent augure.


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vendredi 26 décembre 2014

Milongueros monstrueux

J'ai réalisé lundi l'estampe suivante. Comme vous pouvez le constater, j'ai adopté une démarche assez différente de celle des œuvres précédentes : je suis revenu à la gomme à graver et, pour changer des figures simplement « posées » au centre de la plaque, j'ai tenté d'instaurer dans celle-ci du mouvement, ainsi qu'un semblant de mise en scène.

Le sujet, vous le reconnaissez peut-être : il s'agit de deux petits monstres créés par Will pour la bande dessinée Isabelle (vous savez combien j'aime celle-ci). J'en avais en fait déjà dessinés, dans l'un de mes premiers poèmes illustrés. L'idée, cette fois-ci et accordément au caractère festif de cette fin d'année, était de les faire danser le tango. Je ne suis cependant pas certain que l'élégance de cette danse soit très perceptible dans la gravure, car tant ces petites créatures que la main leur ayant donné forme sont hélas trop pataudes pour un résultat optimal...


L'estampe – cliquez pour afficher en plus grand.

La plaque gravée – cliquez pour afficher en plus grand.

Le modèle – cliquez pour afficher en plus grand.
(Source : Will, A. Franquin, Y. Delporte & R. Macherot, Isabelle, t. III : « Les Maléfices de l'oncle Hermès »,
Marcinelle, éd. Dupuis, 1978, quatrième de couverture)

lundi 22 décembre 2014

Huitième de finale du Tournoi des Nouvellistes V

J'annonçais dernièrement que ma nouvelle Un vent d'espoir avait passé le premier tour de la cinquième édition du Tournoi des Nouvellistes, organisé par le webzine Nouveau Monde. Depuis samedi, celle-ci est à nouveau en lice. L'enjeu : décrocher une place pour les quarts de finale de la compétition. Son adversaire pour ce tour est un récit inquiétant, qui plonge son lecteur dans l'Angleterre victorienne au moyen d'un procédé narratif m'évoquant les contes de Maupassant : La Femme au ruban bleu d'Alexandre Gourdeau.

Je vous propose de découvrir ci-dessous l'incipit de ma nouvelle. Ainsi que je l'ai expliqué, ce texte date désormais de plusieurs années et est donc empreint du style ampoulé que j'affectais tant, à mes débuts.

Parmi les plus grandes injustices de l'histoire figure en bonne place le total et volontaire oubli de l'œuvre de Phileas Jones, perpétré par des hommes qui, non contents de saborder son projet, en ont fait disparaître toute mention. Si la plupart des privilégiés qui connaissent aujourd'hui son histoire argueraient qu'il importe peu de rétablir la vérité car, de toute façon, le principal intéressé ne s'est jamais guère soucié du souvenir qu'il laisserait, il semble désormais et au vu des folies que commet aujourd'hui l'esprit humain que l'exemple de Phileas Jones pourrait s'avérer être plus qu'une bonne leçon : un enseignement salvateur.
Phileas Jones naquit quelque part dans le Pays de Galle, au cours de la seconde moitié du dix-neuvième siècle. Il est difficile d'être plus précis car, aux dires de tous ceux qui l'ont connu, il garda toute sa vie cette flamme enthousiaste qui brille au fond des yeux des jeunes personnes et cette joie intérieure l'illuminait d’une telle sorte qu'il ne sembla jamais âgé de plus de dix-sept ans, quoiqu'on le sache bien plus vieux. Très jeune, il s'imposa au jugement de ses parents et professeurs comme différent. Non qu'il ait été particulièrement brillant — c'était un élève des plus médiocres —, ni particulièrement turbulent, ni trop contemplatif ; les deux pieds dans la norme. Ce qui le distinguait de ses camarades, c'était qu'il ne les fréquentait pas, leur préférant des amis que les adultes qualifièrent aussitôt d'imaginaires.

La suite, vous pouvez la lire via ce lien. Je précise, comme d'habitude, que ce billet ne constitue aucunement un appel aux votes d'amitié ou de complaisance. Je serais ravi que vous lisiez ma nouvelle (raison pour laquelle je signale ici qu'elle est soumise à un public) ; vos votes ont en revanche bien moins de valeur à mes yeux, surtout s'ils ne sont pas sincères.

samedi 20 décembre 2014

Crapaud du sabbat II

J'ai réalisé cette semaine une nouvelle linogravure. Il s'agit encore d'un crapaud (promis, c'est le dernier !), proche, dans son esprit, du précédent car également basé sur des références littéraires. Celui-ci s'inspire des écrits de deux Jules : Bois et Michelet.

À la base, je voulais faire un crapaud cornu, d'après cet extrait de Le Satanisme et la Magie de Jules Bois (1895, livre II : « L'Église du Diable et les Rites magiques », chap. 1 : « Le Sabbat ») :
Mais les vrais fascinateurs, les meilleurs acolytes du Diable, les préfets du Sabbat sont le Crapaud et le Serpent.
Chaque sorcière porte sur l’épaule un crapaud artistement vêtu et la tête ornée de deux petites cornes ; ses yeux jamais clos ont la fixité qui ne pardonne pas. Les oiseaux, la belette, la couleuvre, les mouches, les papillons, rien ne lui résiste. Certains même mettent à mal les hommes.

Cependant, afin de mieux me conformer à cette injonction d'« artistement vêtir » mon crapaud, j'ai décidé d'en appeler également à la science distillée par Jules Michelet dans La Sorcière (1862, chap. 5 : « Possession ») :
D’une fierté incomparable, elle portait bien plus haut que toutes les têtes des hommes le sublime hennin de l’époque, le triomphant bonnet du diable. On l’appelait souvent ainsi, à cause de la double corne dont il était décoré.

Voilà le résultat. À nouveau, j'ai employé du véritable linoleum et ai dû m'accommoder dans certaines zones délicates de sa friabilité. Malgré cette difficulté, je suis assez content du résultat, et tout particulièrement de la tête, qui me paraît fort réussie. Des défauts sont bien sûr visibles, mais dus je pense surtout au fait que j'en suis encore à tester certaines techniques.

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dimanche 14 décembre 2014

Le Capital des Mots

Trois de mes poèmes ont été publiés hier dans la revue numérique Le Capital des Mots, animée par le poète Eric Dubois. Quoique rédigés à des périodes différentes, je pense qu'ils présentent une certaine unité, ne fut-ce que par leurs références respectives à des textes d'auteurs considérés aujourd'hui comme classiques.
 
  • Expédition punitive, rédigée le 11 août dernier, est ma cent-cinquantième-et-unième « histoire de sorcellerie » et, à ce stade, ma dernière (elle le restera sans doute car je suis désormais passé à une autre série, dont je vous parlerai très bientôt). C'est un poème de forme assez ordinaire, composé de quatrains d'octosyllabes. Je l'ai fait précédé, en guise d'exergue, d'un extrait de l'Ulenspiegel de De Coster.
     
  • Escapade nocturne (à ne pas confondre avec ma nouvelle éponyme) est un texte un peu moins récent. Il s'agit en fait de ma toute première « nouvelle histoire de sorcellerie », la cent-et-unième, rédigée en juillet 2013 et restée jusqu'ici inédite. Composée de huitains de tétrasyllabes à rimes embrassées, elle imite la forme assez originale d'un poème de Guy de Maupassant, qu'elle cite d'ailleurs en exergue.
     
  • Quant à La Ronde du sabbat, certains d'entre vous l'ont sans doute déjà lue. Il s'agit en effet d'un texte plus ancien (ma quatre-vingt-troisième « histoire de sorcellerie », écrite en mars 2013), qui avait déjà fait l'objet d'une publication sur ce blog. Pour l'anecdote, c'est le tout premier poème que j'ai écrit en terza rima. Voulant également le doter d'un exergue, j'ai choisi pour ce faire un extrait de l'œuvre de Hugo à laquelle il emprunte son titre.
 
Je remercie Eric Dubois pour sa confiance, et vous souhaite à toutes et à tous une bonne lecture !

samedi 13 décembre 2014

Géante Rouge n°22

A paru tout dernièrement le vingt-deuxième numéro du magazine Géante Rouge, dédié à la science-fiction. Suite au beau parcours réalisé par deux de mes textes au Prix Pépin 2014, ils s'y trouvent publiés. Il s'agit de deux microfictions, respectivement intitulées Toast et Les Incorruptibles.

Cliquez ici pour acheter ce numéro.

Notez que ces textes sont publiés aux côtés d'autres signés par mes comparses Frédéric Gaillard et Benoit Camus. Je suis plus que ravi de partager un sommaire avec eux !

vendredi 12 décembre 2014

Crapaud du sabbat

J'ai poursuivi cette semaine mon apprentissage de la linogravure. Ma troisième œuvre produite constitue une étape importante car il s'agit de ma première véritable gravure sur linoleum (les deux précédentes ayant été effectuées sur de la gomme à graver). Et force est de constater que travailler ce matériau offre des sensations et un résultat assez différents : plus dure, il est également plus friable et oblige donc à tirer le meilleur parti du tranchant des gouges.

Je poursuis ma petite série de crapauds. Celui-ci, un crapaud à trompe d'éléphant (oserais-je parler de « crapéphant » ?), s'inspire en fait d'un de mes romans favoris : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs de Charles De Coster. Dans l'ultime chapitre du premier livre, Ulenspiegel et sa compagne Nele se rendent lors d'une transe au « sabbat des Esprits du Printemps qui sont les Pâques de la Sève ». Là, ils font la rencontre de tout un bestiaire né de l'imagination — géniale — du romancier. Voici l'extrait mentionnant notre crapaud (livre I, chapitre 85) :
Mais ils eurent plus peur encore quand les esprits, par milliers, prirent place sur des sièges qui étaient d’énormes araignées, des crapauds à trompe d’éléphant, des serpents entrelacés, des crocodiles debout sur la queue et tenant un groupe d’esprits dans la gueule, des serpents qui portaient plus de trente nains et naines assis à califourchon sur leur corps ondoyant, et bien cent mille insectes plus grands que des Goliaths, armés d’épées, de lances, de faux dentelées, de fourches à sept fourchons, de toutes autres sortes d’horribles engins meurtriers. Ils s’entre-battaient avec grand vacarme, le fort mangeant le faible, s’en engraissant et montrant ainsi que Mort est faite de Vie et que Vie est faite de Mort.
C'est donc à ce siège-chimère que j'ai voulu donner corps. J'ai en outre désiré le représenter avec un goitre, comme saisi en plein coassement. Cette gravure n'est évidemment pas sans défauts (plis de la trompe trop longs, perspective de la seconde patte antérieur imparfaite, mauvaise impression de la signature...) mais je n'en suis cependant pas mécontent. Et vous, qu'en pensez-vous ?


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lundi 8 décembre 2014

Second essai de linogravure

Voici mon second essai de linogravure, réalisé ce samedi. J'ai opté pour un sujet semblable au premier, mais néanmoins différent : c'est un crapaud avec des yeux d'araignée.

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Il y a du mieux, je trouve : l'impression est plus contrastée, le trait dans l'ensemble plus sûr, la technique un peu plus aboutie... Cependant, certains détails me chiffonnent : les yeux qui manquent de symétrie, l'arrière de la tête qui ne se découpe pas assez du corps, les palmes antérieures qui ne ressemblent pas à grand-chose... Il reste donc du pain sur la planche !

dimanche 7 décembre 2014

Premier essai de linogravure

Mes plus vieux lecteurs savent que je suis du genre à apprendre par essai-erreur. C'est ainsi que j'expliquais vouloir me lancer dans la poésie, sans bagage théorique et plutôt disposé à me former sur le tas. Ces lecteurs fidèles savent également que je me suis ponctuellement essayé à l'illustration, sans grand succès. Malgré ces demi-échecs et suivant une tendance que vous avez peut-être perçue et qui me mène à m'intéresser toujours plus aux arts graphiques (ma passion pour Rops n'est que la pointe de l'iceberg), je me suis très récemment mis à la linogravure (c'est-à-dire à la gravure sur linoleum).

Je ne vais pas épiloguer sur la technique car, très franchement, je ne suis pas qualifié pour cela. Des images valent donc bien mieux qu'un long discours : voici ma toute première gravure (réalisée ce jeudi).

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J'espère que cela se voit : c'est un crapaud avec le collier de l'ordre de la Toison d'or. C'est la première idée qui m'est venue, la gouge à la main. Voyez-y une charge, une farce, que sais-je...

Il y a pas mal de défauts (je suis déjà heureux d'avoir réussi à inverser la signature pour qu'elle s'imprime à l'endroit) : le trait est un peu lourd, l'impression un peu faiblarde, la hachure au niveau des pattes un peu ratée... Le point positif, c'est que cela laisse beaucoup de place pour le progrès (qui sera visible dès le second essai, vous verrez).

mercredi 3 décembre 2014

Anthologie de la poésie gothique

L'Anthologie de la poésie gothique, dirigée par l'infatigable Marc-Louis Questin, vient de paraître. Il s'agit d'une coédition des maisons Éleusis et Unicité. J'y ai contribué avec trois textes, issus de ma série des « histoires de sorcellerie ».


Lisez ici la présentation de l'éditeur.

Mes poèmes intégrés à ce livre, que peut-être vous avez déjà lus, sont intitulés La Sorcière et le Vagabond, L'Optimiste et La Petite Sorcière. Ils ont été rédigés entre février et avril 2013.

Cette anthologie met à l'honneur les textes d'un large panel d'auteurs, cinquante-cinq au total. Parmi ceux-ci figurent entre autres Pascale Bessard, Pierre Brulhet, Gaëlle Brunelot, Laetitia Da Beca, Morgane Caussarieu, Derek Dark, Emmanuel Durand, Mina Eden de Christensen, Céline Guillaume, Jean Hautepierre, Hervé Lafleur, Guillaume G. Lemaitre, Linne Lharsson, Gregory H. Mine, Didier Ober, Pascal Perrot, Philippe Pissier, Prisca Poiraudeau, Jean-Louis Ricaud, Paul Sanda, Stathis, Aggilus Subumbrare, Florence Symphonia, Vincent Tassy, Florence Tolstoff, Estelle Valls de Gomis et Sélène Wolfgang. L'anthologie est illustrée par Séverine Pineaux, Prisca Poiraudeau et Jean-Louis Ricaud.

Pour les Parisiens, l'ouvrage sera présenté ce vendredi par l'anthologiste au « cabaret du néant » La Cantada II. Au programme : lectures et dédicaces par plusieurs auteurs (des informations supplémentaires sont disponibles sur cette page). Je ne serai malheureusement pas présent, mais n'hésitez tout de même pas à y faire un tour.