vendredi 27 juin 2014

Défi d'écriture de Vampires & Sorcières

J'ai participé dernièrement au « défi de nouvelles » du site Vampires & Sorcières. Intitulé Au boulot, les créatures !, il consistait à rédiger un court récit mettant en scène une créature surnaturelle et son activité professionnelle, dans un univers contemporain.

J'ai pour ma part commis une nouvelle à propos d'une sorcière employée dans un magasin de chaussures. Je l'ai intitulée Marilou Boutin et le poltergeist fétichiste. Honnêtement, je ne pense pas que ce soit une grande réussite (à l'exception de son titre, qui m'amuse beaucoup) ; l'idée m'en est en tout cas venue tardivement (le soir même de la date butoir du défi), donc il manque très certainement de finitions...

Si je vous en parle, c'est parce que ce défi fait appel à un vote du public. Les cinq nouvelles en lice sont disponibles à la lecture sur cette page et chacun est invité à désigner sa préférée. Les votes sont ouverts pour une dizaine de jours, jusqu'au six juillet inclus. Je vous invite donc à aller découvrir ces cinq courts textes et à contribuer à l'élection du meilleur !

N.B. : Ceci n'est pas un appel aux votes de complaisance. Si vous n'avez pas lu l'ensemble des nouvelles, abstenez-vous de voter ; vous ne rendriez service à personne.

dimanche 22 juin 2014

Publication d'un poème

Je suis heureux de pouvoir vous faire lire un poème particulièrement récent, que j'estime de plus réussi. Il s'agit de ma cent-quarante-deuxième « histoire de sorcellerie », rédigée au début du mois dernier. Elle s'intitule Au verger.

Il s'agit d'un poème en quatrains hexasyllabiques, assez long (vingt strophes). Techniquement, je le trouve assez abouti. Je précise que, si son titre peut rappeler Au sabbat, ces deux textes ont en fait fort peu de caractéristiques communes, tant thématiquement que prosodiquement.

Je dois sa publication au site Poésie érotique et autres amusements. N'ayez pas pour autant crainte de le lire : dans mon œuvre — en somme guère sulfureuse — cet aspect est traité de manière implicite. Ce site, d'autre part, gagne vraiment à être connu, notamment pour la riche anthologie de textes classiques qu'il propose.

Trêve de bavardage : je vous laisse découvrir le poème via ce lien. Bonne lecture !

Martin Van Maele (1863-1926), illustration pour La Sorcière de Jules Michelet.
P.S. : Je remercie Cyr, le webmestre du site, pour le bon accueil réservé à mes vers.

vendredi 13 juin 2014

De l'influence de Jean Ray sur la bande dessinée Isabelle

Je vous disais, dans mon dernier billet consacré à la bande dessinée Isabelle, explorer une piste d'analyse a priori intéressante. Le moment est venu de vous la soumettre. Je précise d'emblée que, comparée à ma lecture « ropsienne » d'Isabelle, cette hypothèse-ci est bien plus incertaine ; si elle s'avère exacte, il y a fort à parier qu'elle relève davantage de l'influence inconsciente que de l'hommage. Bref, trêve de palabres : laissez-moi vous faire part de mes observations.

Cet article se base principalement sur le huitième album de la série : La Lune gibbeuse. Celui-ci amorce une importante évolution dans l'imaginaire mis en scène : il abandonne l'univers aquatique qui a été construit et exploité tant que Franquin participait à l'écriture des scenarii (l'exception notable étant Un empire de dix arpents) et se tourne à la place vers un univers souterrain, influencé par le folklore slave. Cette évolution reste très perceptible dans l'album suivant, La Traboule de la Géhenne, qui compose selon moi un diptyque avec celui-ci ; par la suite, les histoires semblent poursuivre le périple entamé et se caractérisent par un exotisme de plus en plus marqué (d'influence tibétaine dans Le Sortilège des gâtines, haïtienne (?) dans Le Grand Bonbon et hellénistique dans Les Abraxas pernicieux).

Il est toutefois à noter que l'influence slave de La Lune gibbeuse n'est pas tout à fait inédite. Cette direction scénaristique était déjà amorcée dès les quatrième et cinquième tomes, avec le voyage de Hermès au château de Nokšir Zamak (anciennement Nachttopfsburg) dans la République populaire de Transylvanie (une nation imaginaire dont les toponymes de manquent pas d'évoquer la Zorglangue inventée par Franquin pour Spirou et Fantasio) et l'aventure d'Isabelle sur la fameuse « île volante de Vratislav », d'inspiration mongole. La Lune gibbeuse confère néanmoins une importance nouvelle à cette portion de l'imaginaire sorcier de la série, via l'instauration d'un double lien magique entre l'Occident et la Transylvanie, constitué de la ruelle temporaire (qui m'intéresse particulièrement, dans le cadre de cet article ; j'y reviendrai donc très vite) et de la Traboule de la Géhenne.
Cette nouvelle direction se marque également par une référence explicite au mythe moderne de Dracula (au travers du personnage du prince Vlad Tépès, ex-souverain de la Valachie, qui apparaît également dans l'album suivant, renforçant mon opinion que ces deux-là forment un diptyque) et à son inventeur, Bram Stoker [1]. Mon hypothèse est que, plus discrètement, cet album se réfère également à l'imaginaire unique de Jean Ray...



Revenons donc à la ruelle temporaire. Celle-ci s'ouvre entre deux maisons et est visible d'Isabelle seulement. Ces caractéristiques m'ont poussé à la comparer méthodiquement à la Ruelle ténébreuse qui donna son titre à l'une des nouvelles les plus célèbres de Jean Ray. Leur premier grand point commun est que les deux abritent des monstres : présences invisibles et inquiétantes chez Ray, tantôt qualifiées de fantômes [2], tantôt de Stryges [3] ; créatures nombreuses, nullement cachées et plutôt sympathiques chez Will et Delporte, à l'instar de la vouivre Mélusine et de Milou et Loulou, les frères Garou.
Les modalités d'ouverture des deux ruelles sont certes quelque peu différentes (dans Isabelle, elle apparaît « une fois l'an, avant le début de l'automne, entre le premier quartier et la pleine lune [4] » ; chez Ray, cette apparition n'est pas aussi ponctuelle et s'avère intimement liée au grand incendie de la ville de Hambourg des 5, 6, 7 et 8 mai 1842) mais il est à noter qu'elles se manifestent dans les deux cas en fonction de l'ascendance des héros. En effet, Isabelle – au-delà de la drolatique démonstration des frères Garou [5] – doit sa capacité à entrer dans cette ruelle « invisible à tous ceux qui n'ont rien de surnaturel [6] » au fait qu'elle est « arrière-petite-nièce de sorcier... à la septième génération [7] ». Quant à Alphonse Archipêtre, qui explora la mystérieuse impasse Sainte-Bérégonne, Jean Ray laisse entrevoir qu'il doit ce pouvoir à son étrange grand-mère maternelle (« une grande sombre femme qui parlait si peu et semblait, de ses immenses yeux verts, suivre les péripéties d'une autre vie, sur le mur devant elle [8] ») lorsqu'il transcrit l'étrange prédiction qu'elle fit le soir de sa mort : « Là où je n'ai pu revenir, il ira peut-être... [9] »

Certes, d'importantes différences sont présentes, ne fut-ce que dans la description de ces deux lieux surnaturels [10]. Mon but n'est cependant pas de pointer une correspondance exacte mais uniquement des similitudes pouvant indiquer une influence de l'un à l'autre, ou antérieure et s'appliquant aux deux. Le topos du portail ouvert seulement à quelques élus n'est en effet pas rare, en littérature : porte de la Moria chez Tolkien, armoire magique chez Lewis, cavernes des Mille et Une Nuits, domaines féériques de la matière de Bretagne ; qui, remontant d'œuvre en œuvre, pourrait dire où ce motif prend sa source ?
Néanmoins – et peut-être est-ce là l'admirateur qui parle, faisant des rapprochements là où il n'y a pas vraiment lieu d'en faire – il me semble qu'une cohérence d'intention est discernable chez Ray et chez le duo Will-Delporte. Certes, chez le premier les sorcières ont les yeux verts tandis que chez les seconds ce sont leurs cheveux, mais ne sont-ce pas des esprits pareillement éveillés à la magie du quotidien pour que l'un compare une branche de viorne à une baguette de magicienne [11] et que les autres confèrent des propriétés fabuleuses tant au buisson de gui [12] qu'à la fleur de pensée [13] ?


Un autre élément, plus tangible, m'incline cependant à les rapprocher. En page cinq de La Lune gibbeuse, apparait en effet un personnage portant un foulard rouge. Les lecteurs de Ray voient bien où je veux en venir : c'est que l'écrivain gantois ouvre son Livre des fantômes par « un texte qui ne doit rien à l'imagination [14] », intitulé Mon fantôme à moi (L'homme au foulard rouge). Dans celui-ci, Ray narre ses différentes rencontres avec l'être qu'il considère comme son fantôme personnel. « Non seulement ceci n'est pas un conte, mais c'est un document [15] », annonce-t-il dès l'incipit ; en bon admirateur, j'emmagasinai par conséquent sans faute ces données précieuses à propos d'un auteur que je considère comme un modèle.
Je n'ai donc pu m'empêcher de faire le rapprochement lorsque je remarquai enfin, après bien des lectures, cet étrange personnage qui traverse une planche de La Lune gibbeuse sans qu'il n'en soit plus question ailleurs. L'on arguera qu'il ressemble plus à un vampire qu'à un fantôme, et que son foulard ressemble fort à une écharpe. Certes, j'y pensai moi aussi. Cependant, j'ai voulu étudier la question de plus près, plutôt que de l'écarter d'office comme un fantasme dont je serais le coupable auteur...


Voilà comment Jean Ray décrit son fantôme : « Il était petit et malgracieux, d'une mise négligée et pauvre comme les ouvriers des docks que l'on voyait passer tous les jours dans le Ham, voisin des installations portuaires. Son visage était poupin et ses traits mous, sans fermeté aucune ; il avait des yeux bêtes et fixes de géline traquée [16]. » Ce portrait ne fait guère pencher la balance en faveur de ma théorie, je le reconnais volontiers. À vrai dire, l'homme au foulard rouge représenté dans La Lune gibbeuse pourrait plus facilement être comparé au tableau éponyme de Chaïm Soutine (puisqu'il partage au moins avec son modèle une corpulence mince, un teint jaunâtre et des cernes sous les yeux) qu'au fantôme de Ray, avec lequel il n'a guère de traits en commun...
Du coup, je ne sais trop que penser. Considérés indépendamment l'un de l'autre, tant la ruelle que l'homme à l'écharpe constitueraient de simples coïncidences. Les voir cependant cohabiter dans un même album – dans une même planche, en fait ! – m'intrigue et me questionne. Jean Ray conclut le récit de ses rencontres avec l'homme au foulard rouge par ces mots : « si j'en avais fait un conte, il aurait eu la fade pâleur de la lune à son déclin [17]. » La lune gibbeuse dont il est question dans l'album, elle, arrive seulement à sa plénitude, ainsi que je l'ai expliqué plus haut ; faut-il en déduire que ces deux êtres, le vampire et le fantôme, évoluent sous des ciels non destinés à se rejoindre ?


Nous arrivons au terme du compte-rendu de ma réflexion, dans son état actuel. Comme vous le voyez, rien n'est sûr. Cependant, s'il est évident que les obstacles à ma démonstration sont presque impossibles à contourner, il me semble tout aussi indiscutable que Ray ait eu une influence sur Will et Delporte, ses jeunes compatriotes. À vrai dire, il me parait inconcevable que Ray, en tant que chef de file de l'école belge de l'étrange, n'ait pas eu une influence majeure sur toute une génération d'auteurs explorant ce genre. Sur plusieurs générations même, car son patronage reste bien visible dans nombre d'œuvres contemporaines.
Pour s'en convaincre, sans doute suffit-il d'aller relire, dans mon article du mois dernier, ma description de l'architecture sorcière élaborée par Will et de la comparer à celle que fait Ray de sa mythique Malpertuis : « Elle est là, avec ses énormes loges en balcon, ses perrons flanqués de massives rampes de pierre, ses tourelles crucifères, ses fenêtres géminées à croisillons, ses sculptures grimaçantes de guivres et de tarasques, ses portes cloutées. [...] Sa façade est un masque grave, où l'on cherche en vain quelque sérénité. C'est un visage tordu de fièvre, d'angoisse et de colère, qui ne parvient pas à cacher ce qu'il y a d'abominable derrière lui [18]. » Ne constituent-elles pas les deux faces d'une même pièce, les demeures de l'oncle Cassave et de l'oncle Hermès ? L'une est angoissante, l'autre est fabuleuse ; le même mystère règne cependant sur les deux.


[1] « L'écrivain irlandais Bram Stoker (1847-1912) a été l'un des premiers à révéler un fait scientifique peu connu... les vampires sont capables de descendre le long d'une muraille, la tête en bas, à la manière des lézards. » (Will & Delporte, Y., Isabelle, t. VIII, « La Lune gibbeuse », Marcinelle, éd. Dupuis, 1991, p. 24.)
[2] « Les gens se suicident par dizaines, préférant cette mort à celle que donnent les bourreaux fantômes. » ; « J'étais complice des fantômes. » (Ray, J., « La Ruelle ténébreuse » in Les 25 Meilleures histoires noires et fantastiques, Verviers, éd. Gérard & Cie., coll. « Bibliothèque Marabout fantastique », 1961, pp. 22 et 25.)
[3] « Les Stryges ! Les Stryges ! Les Stryges !! » (Ibid., p. 53.)
[4] Will & Delporte, ibid., p. 6.
[5] « — Dis donc, Milou, cette petite vient ici, et pourtant elle a l'air tout à fait normal ! — C'est anormal, Loulou. — Dans ce cas, si c'est anormal... — C'est tout à fait normal qu'elle vienne ici ! » (Ibid., p. 5.)
[6] & [7] Ibid.
[8] & [9] Ray, J., ibid., p. 32.
[10] Chez Ray, la ruelle s'ouvre sur la Mohlenstrasse, « entre la distillerie Klingbom et un grainetier anonyme » (page 30) ; chez Will et Delporte, elle s'ouvre sur la Place du Marché, entre un café-restaurant et une maison quelconque (page 4). Chez Ray, il s'agit d'une impasse à « l'aspect puéril d'une rue de béguinage flamand », qu'encadrent « deux murs pauvrement blanchis de lait de chaux » où s'ouvrent « trois petites portes jaunes » (page 38) ; chez Will et Delporte, la ruelle est serrée entre deux murailles sombres fichées de lanternes qui illuminent de nombreux étals, un fouillis de créatures et de produits aussi étranges que la ruelle de Ray est ordinaire (page 5). Enfin, chez Ray, la ruelle présente « un pavage verdâtre et usé qui [fait] défaut un peu avant le brusque tournant et, dans un sol meuble, [laisse] pousser des viornes » (page 31) et conduit, après une morne suite de portes identiques, à « un grand portail de bois gris, suiffeux et patiné » (page 45) qui effraie inexplicablement le narrateur ; tandis que, chez Will et Delporte, la ruelle pavée devient à l'inverse de moins en moins miteuse, débouche sur une place agrémentée d'une fontaine (page 6) puis, alors que la peur (venant cette fois de l'entrée du passage donnant sur le monde réel et ayant une source bien réelle : de l'ail) pousse ses usagers à la parcourir d'un bout à l'autre, se révèle être tout sauf une impasse puisqu'elle débouche en Transylvanie (page 7).
[11] « J'ai fait deux bonds effrayés dans la Beregonnegasse ; ma main, machinalement, a cassé une branche de viorne. Elle est sur la table. Elle m'ouvre tout à coup un monde immense, comme une baguette de magicienne. » (Ray, J. ibid., p. 35.)
[12] « — Mais dites donc, cette arcade... c'est un buisson de gui ? — En effet. Si vous êtes sorcière, le gui vous a temporairement ôté votre pouvoir... Dans ma situation, on n'est jamais trop prudent, n'est-ce pas ? » (Will & Delporte, Y., ibid., p. 20.)
[13] « Ce n'est pas par hasard que cette fleur a été appelée ainsi. Moins modeste que la violette, bien que de la même famille, la pensée dit nos sentiments à ceux que nous aimons, et peut même transmettre des messages plus compliqués. » (Ibid., p. 31.)
[14] Ray, J., « En matière de préface » in Le Livre des fantômes suivi de Saint-Judas-de-la-nuit, Verviers, éd. Gérard & Cie., coll. « Bibliothèque Marabout », 1966, p. 7.
[15] Ray, J., « Mon fantôme à moi (L'homme au foulard rouge) » in Le Livre des fantômes suivi de Saint-Judas-de-la-nuit, ibid., p. 11.
[16] Ibid., p. 15.
[17] Ibid., p. 20.
[18] Ray, J., Malpertuis, Verviers, éd. Gérard & Cie., coll. « Bibliothèque Marabout fantastique », 1962, pp. 52-53.

mercredi 11 juin 2014

Au sabbat, version audio

J'avais depuis longtemps ce projet : réaliser des enregistrements de certains de mes poèmes afin de les faire découvrir d'une autre manière. J'ai récemment sauté le pas. Le choix de mon texte Au sabbat s'est en cette occasion imposé de lui-même, d'une part car je l'avais conçu comme la somme et la conclusion des nonante-neuf « histoires de sorcellerie » l'ayant précédé, et d'autre part car ce mois de juin marque le premier anniversaire de sa rédaction.

Francisco de Goya, El aquelarre [« Le Sabbat des sorcières »], 1797-1798
(huile sur toile, 43x30 cm, Madrid, Musée Lázaro Galdiano) [source].




Je préviens que l'enregistrement est loin d'être impeccable, quoique c'est la meilleure de dix-neuf prises. Si je sais à peu près scander les vers (ceux-ci moins bien que d'autres, étant donné qu'ils sont impaires), je ne suis pas comédien et cela se ressent dans ma lecture, je pense. En outre, j'ai enregistré ce poème avec mon dictaphone, ce qui n'est certainement pas optimal en termes de qualité du son.

Je vous laisse juge ; si l'essai s'avère concluant, je tâcherai de mettre régulièrement en ligne des fichiers de ce genre. Sinon, l'idée aura droit à un aller simple vers la fosse commune des projets avortés, où elle retrouvera mes poèmes illustrés et tant d'autres compagnons d'infortune.