jeudi 29 mai 2014

Mes poèmes dans Faunerie

Les publications s'enchaînent, en ce moment... Aujourd'hui, ma poésie est mise à l'honneur dans le magazine littéraire et artistique Faunerie. Vous souvenez peut-être que j'avais déjà évoqué ce titre, il y a un an et demi, lorsque j'y avais fait une première contribution.

Cette fois, les textes que j'y publie sont inédits. Je m'en réjouis particulièrement car, concentrant actuellement mes efforts sur les revues papier et les anthologies, cela faisait longtemps que je n'avais plus eu l'occasion de donner à lire des poèmes récents et faciles d'accès. C'est cependant le cas aujourd'hui : en un simple clic, il vous est possible de découvrir trois « nouvelles histoires de sorcellerie » (comme j'aime les appeler) que j'ai rédigées tout dernièrement (et qui, en plus, sont illustrées par une œuvre superbe de Rops — que demander de plus ?).

Il s'agit donc d'une livraison assez fraiche. L'autre impératif était qu'elle soit variée, afin de donner un juste aperçu des textes que je produis actuellement. À cet égard, une rapide présentation des poèmes et de leurs spécificités sera sans doute utile...


  • Fausse Alerte relève de la tendance « botanique » qu'ont régulièrement mes récits les plus récents (vous l'avez par exemple remarqué avec Bévue ou Le Peigne de sorcière). Techniquement, il est assez basique puisqu'il se compose de quatrains d'octosyllabes, un mètre auquel je recours très souvent. Je l'ai rédigé le 3 avril dernier et, dans l'ordre de la série, c'est le cent-trente-septième.
  • Bain de lune est un dizain décasyllabique assez ordinaire. Sa caractéristique principale est sans doute que, avec lui, je suis revenu au style confidentiel que j'associais souvent à cette forme, à mes débuts (en témoignent notamment Aux Quatre-Bras et Dansons à la lune gibbeuse), et qui se caractérise par une adresse au lecteur. J'ai rédigé ce poème-là le 16 mars dernier (un soir de pleine lune !) ; c'est le cent-trente-et-unième de la série.
  • La crise n'épargne personne est un poème à visée davantage humoristique. Il se compose d'hexasyllabes en terza rima et est dialogué. En cela, il se rapproche un peu de La Malnoue, que je vous donnais à lire dernièrement. Je l'ai rédigé le 2 avril ; c'est le cent-trente-sixième de la série.

Je vous laisse découvrir ces textes dans Faunerie, via le lien indiqué ci-dessus, et j'attends impatiemment vos commentaires à propos de l'évolution du projet. Bonne lecture !

mercredi 28 mai 2014

Le Traversier n°10

Je suis ce mois au sommaire de la revue Le Traversier. Le thème de ce numéro est « rouge garance » ; il m'a inspiré une « histoire de sorcellerie » un peu botanique, comme vous avez déjà eu l'occasion d'en lire plusieurs.


Mon poème s'intitule Plus coquette que méchante. Il s'agit d'un texte assez récent (le cent-trente-huitième de la série, rédigé en avril dernier) et de forme un peu inhabituelle. Je l'ai en effet composé en quintils de décasyllabes ; une première, je crois, dans le projet.

N'hésitez pas à vous abonner au Traversier, qui propose trimestriellement à ses lecteurs des nouvelles, des poèmes et des critiques. De fort belles plumes y collaborent ; dans ce numéro, l'on trouve notamment des textes de Danielle Akakpo et d'Anthony Boulanger, dont j'ai déjà souvent parlé sur ce blog.

mardi 27 mai 2014

Will, dessinateur de génie

Comme très régulièrement (et tout particulièrement suite à ma découverte de la semaine dernière), je suis dans une « période Isabelle » où je relis chaque album et tente de déceler les détails qui m'ont jusque-là échappé. Je poursuis à cet égard une hypothèse plutôt intéressante qui, j'espère, débouchera sur un article du même acabit que le précédent. Ce n'est pas celui-ci, conçu plutôt comme un en-cas pour le faire attendre. Également, c'est un hommage au dessinateur de génie qu'est Will.

Il y a énormément de choses à dire sur cette bande dessinée ; on pourrait passer des heures à décoder les jeux de mots cachés dans les formules magiques, à éclairer les nombreuses références aux sciences occultes... Aujourd'hui, je vais cependant me concentrer sur le dessin et évoquer le décorum si particulier d'Isabelle, qui a tant nourri mon propre imaginaire.


L'une des choses que j'adore dans cette bande dessinée, c'est son souci du détail. Chaque case mérite de longs regards car beaucoup cachent de petits trésors. En particulier, j'aime l'architecture et le mobilier représentés dans certains albums, qui m'évoquent par moments l'Art nouveau, un mouvement artistique que j'apprécie particulièrement. Selon moi, il y a dans ces planches une foule d'idées à glaner pour un décorateur.

Cela commence avec Les Maléfices de l'oncle Hermès et les arrivées successives de l'héroïne aux maisons de Hermès et de Calendula. Dans la première, ce sont surtout des objets isolés qui attirent l'œil, tels les tableaux du salon que j'ai vainement cherché à identifier. À l'extérieur, une rudimentaire pompe à eau manuelle, qu'escaladent un étrange amphibien en bronze et un autre, plus bas, qui arrondit sa bouche en tuyau ; à l'intérieur, un cadre doré où semblent pétrifiés de petits visages pas réellement humains, qui dardent leurs yeux ronds et un peu tristes au dehors [1].
Cependant, dans cette maison, l'inanimé ne le demeure pas toujours, en témoignent le dragon accroupi sur la rampe d'escalier, qui prend vie sitôt que la tante Ursule lui tourne le dos, et le plumeau qui éternue [2]. C'est sans doute Franquin qui est à l'origine de ces deux-là, lui qui disait : « Quand on veut vraiment faire rire avec eux, il faut faire en sorte que les objets s'animent [3]. » Du reste, toute la maison grouille de vie du fait des petits monstres tellement sympathiques qui y grouillent, ceux-là même que j'ai maladroitement tenté d'imiter...

Dans la seconde demeure, les choses sont plus extraordinaires encore. N'est-elle pas formidable, cette maison lacustre ? Reposant seulement sur de fins pilotis et l'appui central de son puits à invocations, elle m'évoque certaines représentations de la cabane de Baba Yaga, qu'on dit perchée sur une patte de poulet et que je mentionne dans l'un de mes poèmes. Mais le plus étonnant est la masse de girouettes et de paratonnerres qui darde son toit de chaume, évoquant les arts traditionnels africains ou amérindiens. Quant à l'intérieur, il est conforme à l'univers aquatique dans lequel évolue la méchante Kalendula : des nénuphars courent sur les planchers, des algues recouvrent les murs parfois au mépris de la gravité, comme si elles étaient toujours immergées, dans un autre plan [4].
C'est si original, qu'on est presque frustré d'être privé d'un tour complet du propriétaire. « Je vous ai réservé la chambre verte. Il y a un balcon de nénuphars géants. C'est joli, vous verrez [5]. » Cette annonce enthousiasme sûrement bien plus le lecteur sous le charme que la très terre-à-terre tante Ursule ; hélas, lui n'en verra rien. Heureusement, il a l'imagination de son côté...

Quant à la chambre à coucher de Calendula, qu'on aperçoit dans L'Astragale de Cassiopée [6], avec les somptueux motifs floraux de son lit à baldaquin, vous conviendrez que c'est la plus charmante de toute l'histoire de la bande dessinée. Franchement, qui ne voudrait pas faire un somme dans un tel plumard ?
Ainsi, chaque album apporte son lot de jolis objets et de belles trouvailles graphiques de Will. Dans les demeures de sorciers qu'il imagine, il n'y a pas une ferrure de porte, un pied de tabouret ou un dossier de chaise qui ne soit ciselé, sculpté, orné de figures parfois drôlettes et parfois inquiétantes. Je ne vous en montre pas d'images : isolées dans ce billet, elles seraient comme des animaux dans un zoo. De telles étrangetés, il faut les découvrir dans leur milieu naturel, et se laisser surprendre par elles au fil des pages. Du reste, si je l'avais fait, à quoi aurait servi ma description ?


Néanmoins, je voudrais tout de même deviser plus en détails – et, cette fois, images à l'appui – d'un élément particulier de cette architecture sorcière ébauchée au fil des albums. Je l'ai repéré dans le huitième, accolé à un mur de la ruelle magique qui s'ouvre une fois l'an pour les créatures de l'ombre. Il s'agit d'un petit ornement vaguement érotique, dimension guère étonnante sous le crayon de Will (auteur notamment d'une Trilogie avec dames un rien libertine) mais très peu exploitée dans la série (en témoignent les cheveux de la vouivre Mélusine, gardiens de sa pudeur dans cet album, ou l'apparence particulièrement peu flatteuse de Lilith dans le suivant).

Ce qui m'intéresse notamment, c'est la similitude entre ce support d'escalier et l'encorbellement sculpté d'une auberge (et probable maison close) séculaire anglaise, figurant une succube [7]. Mon but n'est pas de lier les deux par une référence ou une influence (toutes deux fort improbables) mais simplement de souligner à quel point, sous cet éclairage, le choix de Will de représenter ce décor en ce lieu est cohérent.
Je suis un grand partisan des analyses comparatives (j'en ai notamment réalisée dernièrement une assez complète de Salammbô de Gustave Flaubert et de La Sorcière de Jules Michelet, dans le cadre d'un de mes cours ; je vous en reparlerai peut-être, à l'occasion) et pense que leur véritable intérêt ne réside pas dans la recherche de liens objectifs mais dans l'observation de la manière dont plusieurs œuvres abordent un même champ des possibles. Ici, par exemple, Will bâtit sur papier un quartier dont l'esthétique se veut à la fois médiévale et fantastique, et qui s'avère concorder parfaitement – volontairement ou non, peu importe – avec le décor réel conçu par un architecte de la Renaissance qui y inclut une inspiration païenne. Cela prouve, je pense, à quel point le dessinateur d'Isabelle maîtrise son sujet et l'univers qu'il implique.



Je ne vais pas soliloquer plus longtemps sur cette image, mais suis tout à fait disposé à poursuivre la discussion via les commentaires, si cela vous intéresse. À la place, je vais plutôt, de façon à clore cet article consacré presque exclusivement au talent de Will, vous faire découvrir deux « caméos » qu'il a dissimulés dans les planches d'Isabelle. Le premier, fort visible, fait apparaître Tif et Tondu (issus de la série éponyme, dont le dessin a été confié à Will de 1949 à 1951) en « petits monstres » dans la dernière case des Maléfices de l'oncle Hermès ; le second, plus discret (je dois sa découverte à Herr Doktor Kilikil, du forum Franquin), montre quant à lui Yvan Delporte et André Franquin devisant à l'arrière-plan, à la toute fin de L'Astragale de Cassiopée. Deux exemples de plus – s'ils sont nécessaires – de l'incroyable richesse graphique de cette bande dessinée !







[1] Will, Franquin, A., Delporte, Y. & Macherot, R., Isabelle, t. III, « Les Maléfices de l'oncle Hermès », Marcinelle, éd. Dupuis, 1978, pp. 4-5.
[2] Ibid., p. 5.
[3] Franquin, A., Pinchart, P. & Amateis, Y., Signé Franquin, Marcinelle, éd. Dupuis, 1992, p. 43.
[4] Will, Franquin, A., Delporte, Y. & Macherot, R., Ibid., pp. 11-14.
[5] Ibid., p.22.
[6] Will, Franquin, A., Delporte, Y. & Macherot, R., Isabelle, t. IV, « L'Astragale de Cassiopée », Marcinelle, éd. Dupuis, 1979, p. 29.
[7] Source de l'image.

mercredi 21 mai 2014

Cerrydwen n°5

Hasard du calendrier : il n'est question que de mes poèmes mettant en scène la sorcière Calendula, cette semaine...

En effet, après vous avoir annoncé hier la publication de La Tricoteuse dans Absinthe, j'apprends aujourd'hui que La Reine Mab a de même récemment trouvé son chemin jusque dans les pages d'un fanzine. Il s'agit de Cerrydwen, dont j'avais déjà contribué aux deuxième et troisième numéros. Celui-ci — le cinquième — a pour thème les fées ; mon poème ne pouvait donc que bien s'y intégrer.


Le numéro est à lire en ligne à cette adresse ou à acheter en version papier à l'occasion des salons et festivals auxquels participe Cerrydwen (vous pouvez vous abonner à sa page Facebook pour être tenu au courant de leurs dates).

mardi 20 mai 2014

Absinthe n°14

Le numéro de mai du webzine Absinthe a paru dimanche. C'est le dernier pour un moment, l'équipe éditoriale allant s'offrir une pause estivale bien méritée, mais en fait surtout destinée à repenser et dynamiser le projet. On a hâte de voir les surprises qui nous sont préparées ! D'ici là, ce numéro quatorze nous fera patienter. Son thème ? L'homme et l'animal !

Le numéro est à télécharger au format PDF ou à lire en ligne via la plateforme Calaméo. Bonne lecture !

Vous vous doutez bien qu'un tel sujet a su m'inspirer : j'ai en effet une drôle de tendance à sans cesse intégrer des animaux à mes textes, sous une forme ou une autre (jetez un coup d'œil à ma bibliographie et faites le compte ; c'est assez flagrant). J'ai donc bien sûr participé à l'appel à textes et, parmi les soumissions que j'ai faites à l'équipe, deux poèmes ont été sélectionnés pour publication.

Il s'agit de deux « histoires de sorcellerie » ; l'une que vous connaissez déjà (La Tricoteuse, datant de mars 2013 et que j'évoquais dimanche parmi celles mettant en scène la sorcière Calendula) et l'autre inédite. Cette dernière, simplement intitulée Le Chat et la Sorcière, est assez récente : je l'ai rédigée en janvier dernier, inspiré par ma lecture de La Sorcière de Jules Michelet. Je n'en dis pas plus et vous laisse (re)découvrir ces deux poèmes au sein des pages d'Absinthe...

Une dernière chose, cependant, avant de vous laisser dévorer le webzine : je tiens très sincèrement à remercier Aaron McSley (qui dirige Absinthe) ainsi que son équipe pour tout le boulot accompli durant ces derniers mois et le gros investissement en temps et en énergie qu'il représente. Sans eux, ma bibliographie serait de moitié moins longue, alors merci.

dimanche 18 mai 2014

Portrait croisé de Félicien Rops et de l'oncle Hermès

Pour changer un peu des billets autocongratulatoires qui semblent emplir à eux seuls le blog, ces derniers temps, je vous propose une petite réflexion relative à deux personnages qui me sont chers.

Vous n'êtes pas sans savoir que je travaille actuellement sur un mémoire de fin d'études consacré à l'artiste Félicien Rops. Me plonger dans son œuvre et sa vie m'inspire beaucoup [1], et m'amène également à repenser tout différemment des choses que je pensais pourtant bien connaître. C'est notamment le cas de ma bande dessinée préférée : Isabelle [2]. Alors que j'ai lu d'innombrables fois tous les tomes de cette série, voilà que mes recherches sur le graveur namurois m'amènent à jeter dessus un nouveau regard...

J'ai en effet tout récemment été frappé par la ressemblance que présente le personnage de l'oncle Hermès avec Félicien Rops. Mêmes tempes hautes, même moustache en croc, même barbiche. Pour peu, l'oncle Hermès pourrait reprendre à son compte la description célèbre que firent les frères Goncourt de l'artiste : « Un bonhomme brun, les cheveux rebroussés et un peu crépus, de petites moustaches noires en forme de pinceaux, un foulard de soie blanche autour du cou, une tête où il y a du duelliste de Henri II et de l’Espagnol des Flandres [3]. » Quant à Rops, grand séducteur, il mérite autant que l'arrière-grand-oncle d'Isabelle cette exclamation de la belle Mélusine : « Ah, Hermès ! Quelle prestance ! Quelle race ! Quel homme ! [4] »


Certes, rien ne se ressemble plus que deux hommes du XIXème siècle. Cependant ces deux-là, compte tenu de la transposition de la vie au dessin, me paraissent être des frères... Ces représentations les montrant au travail, en bras de chemise et les cheveux ébouriffés, renforcent selon moi cette impression.


De plus, on ne peut pas prétendre que les deux hommes n'ont rien en commun. Hermès le magicien, bien sûr, n'est pas un homme ordinaire : c'est un sorcier. Pour Rops, les choses sont moins claires mais, déjà de son temps, des critiques ont soulevé son inclinaison pour les choses démoniaques Je ne veux pas refaire ici une étude complète de l'artiste sous cet angle (d'autres s'en sont très bien chargés avant moi [5]), mais voici quelques citations destinées à mettre en valeur cet aspect de son esthétique :
[...] Je me fais l'effet d'un être singulier qui aurait été engrossé par le diable ; je sens toutes sortes de monstres sabbater en moi, et de gré ou de force, il faudra bien que cette pensée isse [sic] à la vie ou j'y crèverai [6]...
Des mots qui auraient plu à Will, le dessinateur d'Isabelle, qui n'avait pas son pareil pour remplir les planches de ses bandes dessinées de petits monstres tout droit sortis des sabbats de sorcières !
C'est une espèce de tsigane belge qui satanise [7].
Rops s'est ri de ce jugement d'Alphonse Daudet, qui l'a bien connu, s'inventant pour l'occasion des ancêtres hongrois. Quant à l'oncle Hermès, il partage la même identité double, occidentale et slave, puisqu'on le voit souvent, voyageant par la Traboule de la Géhenne ou par une mystérieuse ruelle, passer de notre pays à la Transylvanie...
En effet, l'œuvre de Rops, c'est bien la Mystique noire dans sa parfaite orthodoxie. [...] Son art célèbre la messe noire et dit les horreurs de la possession démoniaque ; elle est la théologie de Satan et Rops est un véritable père de l'Église infernale [8].
Comme Rops s'était installé à Paris, la rumeur de ses penchants infernaux avait gagné Bruxelles et, peut-être amplifiée ou peut-être pas, s'exprimait ainsi dans la presse... Fantasme, vérité ? Les spécialistes de l'artiste ont une réponse, les poètes en ont une autre ; moi, j'ose un jour pouvoir prétendre aux deux. Reste que Rops savait se mettre en scène – comme il le fait dans l'autoportrait ci-dessous – et j'aime donc penser que, lui qui a souvent dessiné des satyres [9], lui qui écrivit un jour « [...] les Dieux [...] vont revenir ! les anciens – les invalidés, et nous célébrerons le grand Pan [10] », n'aurait pas contemplé les fameuses pattes de bouc de l'oncle Hermès sans une pointe de jalousie.



Ici s'achève mon portrait. Est-ce seulement un produit de mon imagination, un moyen pour moi de relier a posteriori deux œuvres que j'admire et qui parlent à ma sensibilité ? Ou au contraire faut-il chercher un rapport d'influence reliant Rops au quatuor belge des auteurs d'Isabelle ? Les quelques recherches que j'ai jusqu'ici menées ne m'ont pas permis de valider l'une ou l'autre hypothèse. La question reste donc ouverte et je crains que, les créateurs de l'oncle Hermès étant désormais tous décédés, elle le soit à jamais. Peut-être faudrait-il poser la question à Éric Maltaite (le fils de Will, comme lui dessinateur de bandes dessinées) qui a pu en recueillir la confidence, ou à des anciens des éditions Dupuis.

Encore un détail, cependant : dans Les Maléfices de l'oncle Hermès, l'on apprend que celui-ci est longtemps resté prisonnier d'un feu par le biais d'une figurine d'envoûtement. Sitôt libéré, il dit à Isabelle ces mots qui ont à mes yeux pris leur plein sens il y a quelques jours à peine : « J'étais prisonnier de ce feu depuis l'hiver de 1898 ! [11] » La même année marque le décès de Rops [12]...

Est-il dès lors vraiment mort ? N'est-il pas aussi possible que, homme volage qu'il était, il ait froissé une puissante sorcière qui, par vengeance, l'ait envoûté ainsi que le narrent Will, Franquin, Delporte et Macherot, lui faisant traverser le siècle ? C'est en tout cas une idée agréable, que je garderai à l'esprit, la prochaine fois que je lirai la série.

Enfin, s'il y a parmi vous des sceptiques, qu'ils se posent cette question : n'est-il pas évident que Rops devait posséder la liqueur merveilleuse de l'oncle Hermès, pour avoir produit en son temps tant de chefs-d'œuvre ?



[1] En témoignent plusieurs de mes histoires de sorcellerie qui portent la marque de cette influence : La Petite SorcièreAskafroa et Au sabbat.
[2] Cette bande dessinée est, elle aussi, la source de plusieurs de mes poèmes, qui mettent en scène l'un de ses personnages : la sorcière Calendula. C'est le cas de Me ferez-vous l'honneur ? (publié, fort à propos, dans la revue Népenthès), de La Correspondance, de La Reine Mab (partie 1, partie 2), de La Magie des sceaux et de La Tricoteuse.
[3] Goncourt, E. & J., Journal des Goncourt : Mémoires de la vie littéraire, vol. III (1866-1870), Paris, éd. G. Charpentier et Cie., 1888, entrée du 5 décembre 1866.
[4] Will & Delporte, Y., Isabelle, t. VIII, « La Lune gibbeuse », Marcinelle, éd. Dupuis, 1991, p. 32.
[5] Voir notamment Fornari, B., « Félicien Rops, voyageur de Commerces honteux de la Maison Satan & Cie. » in Bonnier, B. (dir.) Le Musée provincial Félicien Rops Namur, Bruxelles, éd. Fonds Mercator-Dexia Banque, 2005, pp. 207-222.
[6] Lettre de Rops citée dans Pradelle, J., « Rops naturien et féministe » in La Plume, 15 juin 1896.
[7] Citation d'Alphonse Daudet, rapportée notamment dans Lemonnier, C., Félicien Rops : l'homme et l'artiste, Paris, éd. Nouvelles Éditions Séguier, [1908] 1997.
[8] Extrait du Journal de Bruxelles du 22 juin 1890.
[9] Le Calvaire, Voyage au pays des Vieux Dieux, La Dame aux bulles, etc.
[10] Lettre de Rops à Théo Hannon du 5 août 1879.
[11] Will, Franquin, A., Delporte, Y. & Macherot, R., Isabelle, t. III, « Les Maléfices de l'oncle Hermès », Marcinelle, éd. Dupuis, 1978, p. 6.
[12] Félicien Rops s'est éteint à Essonnes, le 23 août 1898. Je n'ai pas encore d'explication pour l'intervalle de quatre mois mais, tôt ou tard, j'en trouverai une.

mercredi 14 mai 2014

Concours de nouvelles de l'Association Ledla

J'ai récemment participé à un concours de nouvelles de fantasy organisé par l'association « L'Enfance de l'art ». Le jury a rendu son verdict dimanche passé : mon texte a atteint la finale du concours mais s'est incliné face à celui de M'Isey (auteur que j'ai déjà côtoyé dans Absinthe, ainsi que dans La Gazette du Clair-Obscur). Sa nouvelle lauréate, intitulée Kali Yuga, est disponible à la lecture sur cette page.

Vous n'êtes pas sans savoir qu'il n'est pas dans mes habitudes de rédiger un billet pour chaque concours auquel je participe (c'en ferait beaucoup !) ; la raison de cette exception est que l'Association Ledla donne également accès aux trois textes finalistes non promus, à condition d'en faire la demande à l'adresse électronique : asso.ledla@gmail.com

Cela inclut ma nouvelle, intitulée Solstice d'hiver, que vous êtes donc invités à découvrir par ce biais. C'est, je pense, la seule de fantasy que j'ai jamais écrite. Son histoire est assez simple : un soir de solstice d'hiver, symbole de joie et de renouveau pour tous, un nécromancien broie du noir seul dans sa tour. Ses armées ne peuvent patrouiller ses terres que de nuit et, comme celles-ci décroissent, il maudit le soleil de le priver d'une part de son emprise sur les villageois des environs.

Il s'agit en somme d'une bafouille traitant de l'ivresse et de la solitude du pouvoir. Quoique c'est un prétexte : j'avais surtout envie d'écrire une nouvelle qui mette en scène des squelettes animés. Ils sont tellement cools...

La preuve en images (extrait de Jason et les Argonautes, film de Don Chaffey sorti en 1963)...

dimanche 11 mai 2014

Prix Pépin 2014

J'ai participé cette année au Prix Pépin, mettant en compétition des récits de science-fiction... de moins de trois cent signes espaces comprises. C'est donc de l'extra court.

Les grands prix m'ont échappé (mon comparse mauxdauteurien Benoît Camus décroche quant à lui le Prix du Président ; je l'en félicite) mais j'ai découvert aujourd'hui, non sans joie, que deux de mes pépins sont en lice pour le Prix du public. C'est déjà une victoire en soi : ces textes font partie des septante sélectionnés sur un total de 937, ce qui signifie qu'ils ont reçu au moins deux votes du jury. Vu que je n'en avais fait concourir que trois, ce me semble être un bon quota de réussite...


Avant tout, j'aimerais profiter de ce billet pour vous faire partager ma malchanceuse microfiction non-sélectionnée :



Panem et circenses
Quelle journée ! D'un geste las, Tiger-Booba Vanden Berghen décroche de son revers de veste le badge affichant en 3D son nom et son grade de responsable rayon tofu, qu'il jette sur le divan. Soupirant à fendre l'âme, il attrape la télécommande et zappe sur 24Kitten.



J'espère qu'elle vous a fait sourire. Les deux autres sont meilleures, à en croire leur classement. Je vous invite à les lire dans la liste des finalistes : il s'agit des numéros 67 (Toast) et 68 (Les Incorruptibles). J'avoue n'avoir guère été inspiré pour les titres, puisque je les ai respectivement empruntés à un sonnet de Mallarmé et à un film de Brian De Palma. Vous remarquerez aussi que, tout comme dans celle ci-dessus, j'ai pris un grand plaisir à inventer des noms futuristes ; il pourrait même s'avérer qu'ils soient réalistes...

Les organisateurs du Prix Pépin encourageant le lobbying, je ne peux que vous inviter à envoyer vos votes par courrier électronique à prixpepin2014@gmail.com avant le 31 mai à minuit (trois choix par vote, non classés). J'aimerais cependant vous encourager à lire tous les textes avant de le faire car il y en a d'excellents dans la liste, qu'il serait dommage de manquer en voulant me faire une rapide faveur (je vous recommande notamment le numéro 2 signé par Frédéric Gaillard, un auteur dont j'ai déjà souvent parlé sur ce blog).

Le verdict devrait tomber d'ici trois semaines. Je remercie en tout cas déjà le jury d'avoir fait accéder ces deux textes à ce stade de la compétition. Quant à vous, je vous dis : bonne lecture !

jeudi 1 mai 2014

Collaboration avec Patrick Vilallongue

J'ai dernièrement collaboré au site internet de l'artiste peintre et photographe Patrick Vilallongue. Celui-ci propose à des auteurs d'associer leurs mots à ses images, chose que j'ai faite avec joie. Trois de mes poèmes, issus de la série des « histoires de sorcellerie », y figurent donc désormais.


Un grand merci à Monsieur Vilallongue d'ainsi offrir une tribune à mes vers.