jeudi 25 juillet 2013

Captain Ludd

La microfiction suivante a été rédigée dans le cadre d'un jeu d'écriture (organisé par le forum du cercle Maux d'auteurs). La consigne imposée était : Imaginez un personnage, homme ou femme, qui déteste le monde moderne. Vous êtes libres de raconter l'histoire qu'il vous plaira, à condition d'y intégrer ce personnage.

Mon premier jet était sensiblement plus long, mais j'ai dû le ratiboiser pour qu'il entre sous la limite des 3500 signes. Au final, c'est pour un mieux, il me semble...

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SCÈNE 1 : Salle de mariage d'une mairie de province. Un samedi un peu gris, avant la cérémonie.
Margaux : 27 ans, des lunettes d'intello depuis qu'elle en a six, visiblement pas dans son élément.
La tante Marie : 54 ans, vieille fille, du poil au menton, vêtue comme à son habitude d'une toilette semblant tout droit sortie de Downton Abbey.

— Quelle robe t’as là, Margaux ! Tu vas faire de l'ombre à ta sœur.
— Elle vient juste de chez H&M, tu sais...
— Quand même : ce que ça te change ! Si avec ça tu ne te trouves pas un gars, aujourd'hui... Hé ! peut-être qu'il me faudrait la même, en fait.
— Chut ! Ça commence...

SCÈNE 2 : Réception dans le jardin de l'hôtel.
Margaux : A réussi a semer sa parente mais est poursuivie par les mots de celle-ci : trouver un gars. Déjà que sa petite sœur se marie avant elle ; et si elle finissait comme la tante Marie ?
Ludovic : 29 ans, à l'évidence excentrique. Il est coiffé d’un haut-de-forme et arbore sur son ventre ce qui a tout l'air d'être une chaîne de montre à gousset. Nonobstant, Margaux le trouve plutôt mignon.

— ... ah ah, t'as raison : cette dame ressemble vraiment à Pierre Richard du temps du Grand Blond !
— On en croise, hein, des gens de toutes sortes, aux mariages... D'ailleurs, tu fais quoi, toi, dans la vie ?
— J'achève une thèse en physique. En fait, mes recherches concernent la particule de... Hé mais, où tu vas ?

SCÈNE 3 : Moment de flottement entre la fin du vin d'honneur et une séance photo.
Margaux : À l'écart, frustrée de s'être ainsi prise le « vent » du siècle. Contrairement à son habitude, elle entame un second verre de vin et termine les amuse-bouches restés dans les plateaux. Peut-être finira-t-elle comme la tante Marie, en fin de compte…
Nicolas : 25 ans, meilleur ami et témoin de la mariée, pipelette sachant toujours tout sur tout le monde.

— Hé quoi, tu boudes ?
— T'occupe. Et puis non, en fait. Le type en queue-de-pie, c'est quoi son problème ? Il a tourné les talons sitôt que je lui ai parlé de mon boulot.
— Ah, Captain Ludd…
— Hein ?
— On l'appelle comme ça, du nom du légendaire militant anti-industriel anglais. Tu connais pas ?
— Non. C'est quoi son problème ?
— Il est dingue. Ce gars déteste tout ce qui se rapproche de près ou de loin à la technologie moderne. Il n'a pas de portable, a renoncé à internet, tout ça. Alors tu imagines : une physicienne... Lui, c’est un horloger qui passe ses journées à réparer de vieux coucous.
— Mais enfin, c'est juste pas possible ! Comment il fait pour se déplacer ?
— À qui crois-tu qu'elle est, la deudeuche dans le parking ?

SCÈNE 4 : Remaquillage express dans les toilettes, avant de passer à table.
Margaux : Toujours perplexe, et un peu déçue.
Céline : 24 ans, heureuse mariée et petite sœur de l'autre. Ressemble aujourd’hui à une meringue et a les pieds tachés de vert après avoir renoncé à ses talons hauts qui lui « tuaient les pieds ».

— Ça va, tu t'amuses ?
— Ça va. Je m'en veux juste un peu d'avoir gâché ma chance avec ce type, Ludovic. Il avait l'air cool...
— Nico m'a dit. Fais-toi une raison : à moins que tu caches une robe à crinoline dans ta voiture, c'est mort ; tu ne parviendras plus à attirer son attention.

SCÈNE 5 : Devant le grand panneau indiquant la place de chacun, à table. L'entrée va être servie.
Margaux : Sur le point d'abandonner sa croisade impossible. Elle change soudain d'avis lorsque son regard tombe sur un nom familier, lui donnant une idée.

— Tante Marie ? Cette fameuse robe H&M... ça te dirait de l'essayer ?

mercredi 17 juillet 2013

Anthologie Au Bonheur d'écrire

J'ai eu la joie aujourd'hui de trouver dans ma boîte aux lettres mon exemplaire de la très belle anthologie Au Bonheur d'écrire, le recueil collectif 2013 de l'association Les Dossiers d'Aquitaine. Je me trouve à son sommaire, en compagnie de quelque cent-cinquante autres auteurs, avec un poème issu de la série des « 100 histoires de sorcellerie ». Il s'agit — pour être exact — du septante-sixième, un texte de belle dimension en alexandrins intitulé Un dieu en chaque arbre.


Ce « florilège où se retrouvent les poètes inconnus, méconnus ou reconnus de France, d'Europe et d'Ailleurs » est commandable via cette page. Avis aux amateurs de beaux vers...

mardi 16 juillet 2013

Absinthe n°4

Le webzine mensuel Absinthe — consacré aux littératures de l'imaginaire — sort aujourd'hui son numéro de juillet, rassemblant des textes autour du thème « Artéfact oublié ». Parmi ceux-ci figure l'une de mes nouvelles, intitulée La Pince à Sucre. Je l'ai écrite il y a déjà quelques temps (elle date de décembre 2011) mais suis content qu'elle soit publiée car la juge assez intéressante, d'un certain point de vue.

C'est en fait une expérimentation : sa forme est celle d'un résultat de recherche sur le site internet d'un journal d'actualités. Autrement dit, chaque paragraphe de la nouvelle est l'incipit d'un article tronqué après quelques phrases. C'est sans doute un peu difficile à visualiser, c'est pourquoi je vous invite à télécharger le numéro et à voir par vous-même.

J'en conviens, l'histoire est un peu abstruse, surtout à cause de ces nombreuses ellipses. Mais figurez-vous qu'elle est inspirée d'une anecdote réelle : j'ai en effet moi-même reçu, il y a une paire d'années, une telle pince à sucre en cadeau d'anniversaire (merci frangin) et n'ai pas encore tout à fait exclu la possibilité qu'elle soit hantée. De même, certains parmi la foule de personnages évoqués dans cette nouvelle sont inspirés d'amis.

Bref, ce récit est bien moins un produit d'imagination qu'il le parait.

mercredi 10 juillet 2013

La Cité du Rêve

J'ai récemment participé aux Joutes de l'Imaginaire 2013, faisant concourir l'une de mes nouvelles dans la catégorie « La Cité interdite ». Si mon texte — intitulé La Cité du Rêve et que j'hésite à classer dans le récit d'anticipation ou dans le fantastique onirique — n'a pas été primé, il m'a néanmoins valu des retours plutôt positifs de la part du jury. En conséquence, l'animateur du blog du webzine YmaginèreS m'a proposé de la publier. J'ai bien sûr répondu par l'affirmative, si bien que cette nouvelle est disponible dès aujourd'hui à la lecture sur cette page.

Il s'agit en fait d'un « vieux » récit, rédigé déjà il y a deux ans — en juillet 2011 — à l'occasion d'un appel à textes pour une anthologie qui n'en voulut pas. Depuis, il est passé entre les mains de quelques comités de lecture sans grand succès ; le plus souvent, l'on m'a dit que l'idée était bonne mais traitée trop superficiellement et donc que je devrais en faire un roman. Mais vous savez bien que je suis incapable d'écrire une histoire de plus de quelques pages...

Je vous la donne donc à lire telle quelle et vous laisse juger de son simplisme. Qu'importe, de toute façon : en ce qui me concerne, je suis simplement heureux qu'elle ait trouvé un public. Merci donc à l'équipe d'YmaginèreS qui m'offre cette seconde publication chez elle (souvenez-vous : j'avais déjà publié une nouvelle sur le même blog) !

dimanche 7 juillet 2013

Concours de nouvelles du cercle de poésie « Aux quatre points cardinaux »

Voici quelques temps que je n'ai pas donné de mes nouvelles via ce blog, examens puis début de vacances obligent. Du reste, peu de choses d'importance ont eu lieu, regardant mon activité d'auteur. Néanmoins, je suis heureux de pouvoir vous annoncer la réussite de mon année universitaire (avec mention Distinction, même) ; c'est la première fois depuis ma sortie de l'école secondaire que je dispose ainsi de « vrais » congés d'été, sans que j'aie à y étudier pour une seconde session, et je compte bien en profiter pour avancer dans mes projets divers.

Peu de temps après la proclamation de ces résultats scolaires — le trente juin, pour être précis — a eu lieu la remise des prix du concours de nouvelles du cercle de poésie « Aux quatre points cardinaux » (secteur Picardie). Ayant prévu de longue date un voyage entre amis à cette date, je n'ai malheureusement pas pu m'y rendre malgré que j'avais été averti courant de ce mois par courrier de la sélection de mon texte. Celui-ci, intitulé La Danse de saint Guy, s'est vu décerner le second prix dans la catégorie « Étrangers » (le palmarès complet est disponible via cette page).

J'ignore si ce prix débouchera sur une publication mais souhaite néanmoins dire ici quelques mots à propos de la nouvelle en question, car celle-ci est issue d'un projet assez particulier que (malgré qu'il date déjà, au point que je l'ai désormais mis de côté dans quelque tiroir — peut-être indéfiniment) je n'avais pas encore eu l'occasion d'évoquer ici. Il consiste en une série de récits mettant en scène des protagonistes — j'ai pris l'habitude de les désigner provisoirement sous le nom de « Gardiens » — calqués sur des personnalités célèbres du monde de la musique et accomplissant des actes d'ordre magique afin de venir en aide au monde. Il s'agit donc en quelque sorte de super-héros hauts en couleur mais agissant dans le secret. J'en suis venu à considérer ce projet comme un exercice amusant mais manquant en fin de compte de cohérence, ce qui justifie que je l'ai présentement abandonné.

Cependant, une petite série de ces nouvelles ont été rédigées (même si la plupart sont restées à l'état d'ébauche ou de simple « pitch » mental) ; j'ai ainsi mis en scène quelques artistes qui me sont chers et qui s'y prêtaient bien : Michael Stipe, Iggy Pop, Pat Benatar... Celle primée à Château-Thierry par le cercle de poésie « Aux quatre points cardinaux » présente quant à elle Peter Garrett (le chanteur de Midnight Oil) et ses légendaires mouvements de danse désarticulés (la danse était le thème imposé du concours). C'est lui, le mystérieux « golem » de l'histoire — vous aurez, je l'espère bien, un jour l'occasion de la lire.

Grand merci au jury du concours pour son appréciation et, une fois de plus, mes excuses aux organisateurs pour mon absence lors de la remise des prix, qu'on m'a rapporté être très chaleureuse (pour ceux qui le voudraient tenter l'an prochain).


P.S. : M'étant rendu compte de l'ampleur de la lecture qu'il impliquait, j'ai décidé de reporter d'un mois la date butoir du sondage relatif à mes cent Histoires de sorcellerie. Vous avez donc jusqu'au quatorze août pour me communiquer la liste de vos préférées.