vendredi 31 mai 2013

100 histoires de sorcellerie : poème 99

Le poème suivant est né de ma réflexion que, sur l'ensemble des histoires écrites pour ce projet, fort peu sont réellement « sombres ». L'un de mes regrets, par exemple, est de ne pas être (encore) parvenu à décrire une belle (on se comprend) scène de nécromancie — il y a bien La Vengeance d'une Lucrèce qui aborde ce thème, mais cela ne me satisfait pas vraiment.

Plus précisément, l'idée de rédiger ce poème m'est venue durant l'étude de mon cours de Cultures hispaniques, dans le cadre duquel nous avions abordé les mythes et coutumes religieuses des civilisations précolombiennes. C'est un sujet qui m'intéresse, comme en témoigne un peu déjà ma trente-cinquième « histoire de sorcellerie ». J'ai cependant décidé finalement ne n'inclure aucune référence directe à celui-ci (que je connais somme toute mal) dans le poème afin de ne pas commettre une erreur ou une caricature.

Considérez donc que ce texte est une pure imagination ; d'ailleurs il l'est d'une certaine façon car je me suis rendu compte que les termes « Sacrifice » et « Idole » sortent tout droit des Sataniques de Rops, à propos duquel je lis beaucoup en ce moment. Il ne faut donc pas juste y voir un récit parlant de la religion aztèque.


Le Sacrifice

L'Idole luit :
Du sang la mouille.
L'Idole vit :
Son ombre fouille
Le petit rang
Des infidèles
De peur ployant
Leurs nuques grêles.

Bougent pour sûr
Ces yeux de pierre,
S'arrêtant, durs,
Sur chaque hère.
L'un est choisi
Sur qui ils glissent
Pour être occis
En sacrifice.

On le maintient
Et on le lie
Sur l'autel teint
Par tant de vies ;
Puis l'officiant
Vêtu de plumes
Brûle l'encens
Que chacun hume.

Quand il brandit
La lame en pierre,
Le sang jaillit,
Coule par terre...
Plongeant sans peur
Dans les chairs molles,
Il sort le cœur,
L'offre à l'Idole.
27/05/2013

samedi 25 mai 2013

Tournoi des Nouvellistes : quart de finale

Suite à ma victoire d'une courte tête lors du premier tour, ma nouvelle Miaulements dans la nuit continue son parcours au sein de la seconde édition du Tournoi des Nouvellistes. Elle entame ainsi aujourd'hui son affrontement de quart de finale. Son adversaire est L'Arbre-Monde, un texte de Pascal Bléval qui s'annonce redoutable au vu de l'excellent score qu'il a réalisé au premier tour... Je lui souhaite bien sûr de poursuivre son beau parcours, mais n'espère pas moins que mon armée de chats sache à nouveau briller dans cette bataille !

Comme pour la phase précédente, les textes sont à découvrir sur le blog du webzine Nouveau Monde. Petite nouveauté : pour plus de confort de lecture, les nouvelles ont cette fois été publiées via Calaméo et peuvent donc être téléchargées à condition de posséder un compte sur cette plateforme.

En revanche, le système de vote reste identique, celui-ci s'effectuant toujours au moyen du module situé en bas de page. Je précise que j'abonde tout à fait avec le message de l'organisateur relatif aux votes de copinage/courtoisie. Merci de lire les deux textes avant de voter en connaissance de cause ; si les avis positifs sur mon œuvre me font bien sûr plaisir, je n'ai pas besoin d'un tel soutien aveugle et ne souhaite en aucun cas le recevoir. En ce qui me concerne, je suis déjà très heureux que cette seconde manche me permette de partager plus largement ma nouvelle.

mardi 21 mai 2013

100 histoires de sorcellerie : poème 97


Allô, Lilith ?

Les minutes s'égrainent
Moins vite que jamais ;
À bûcher j'ai grand-peine.

C'est un beau jour de mai,
Mais si peu j'en profite ;
L'unif ainsi méfait...

Je soupire et médite :
Mon grand-père aurait dit
Que je n'ai « pas la frite ».

Puis, je me dis « suffit ! » ;
Puisque étudier m'épuise,
Je puis en faire fi :

Car ma vie est si grise
Qu'est plus heureux l'Inuit
Perdu sur sa banquise,

Je vais chercher mon kit
— Pentacles et calices —
Et j'invoque Lilith ;

Qu'elle me divertisse !
19/05/2013

vendredi 17 mai 2013

L'Orpheline aux yeux de feu follet n°9

Il était temps ! Avec le retard traditionnel parait aujourd'hui le neuvième numéro de ma fanzilettre, L'Orpheline aux yeux de feu follet. Celui-ci est disponible au téléchargement en format PDF via ce lien.

Au sommaire de ce numéro :
  • Dame de savoir... par Azurne ;
  • La Sorcière Ephémère, comptine par Laurent Pendarias ;
  • Le Rituel par Véro H. (quatrième et dernière partie de sa nouvelle Le Sabbat) ;
  • Le Miroir du soir, poème par Julien Noël.

Vous remarquerez que j'y ai publié l'un de mes propres poèmes afin de boucher un trou. Il s'agit en fait d'une réécriture de ma quatrième histoire de sorcellerie. Elle date déjà de novembre dernier et aurait dû paraître en fanzine, mais le numéro n'a pas été concrétisé ; je lui ai donc trouvé cet autre emploi...

jeudi 16 mai 2013

100 histoires de sorcellerie : poème 96

Mes examens de fin d'année approchant, je n'ai pas vraiment la tête à écrire. Depuis une dizaine de jours, les brouillons s'accumulent mais ce petit poème est le premier que je parviens à finir. Il s'inspire d'une légende scandinave mais n'est finalement guère différent de la trame de ma septante-sixième histoire de sorcellerie. Quand je disais que je commençais à tourner en ronds...


Askafroa

Au mercredi des Cendres,
Dans un autre pays,
La coutume est de rendre
Hommage à un esprit.

C'est le gardien du Frêne
— Arbre si beau et droit —
Ou plutôt la gardienne ;
Son nom ? Askafroa.

Quand sonnent les matines,
Ils vont faire cadeau
À ses nobles racines
D'une délicate eau.

Étant reconnaissante,
On dit qu'Askafroa
Vit dans la bonne entente
Avec eux douze mois.
15/05/2013


Personnellement, alors que je l'écrivais, ce poème m'évoquait tout spécialement ce dessin de Julie Maroh qui est depuis plusieurs années affiché dans ma chambre, en poster. Et puis bien sûr les fameuses Hamadryades de Rops...

mercredi 8 mai 2013

100 histoires de sorcellerie : poème 95

Voici un petit dizain que j'ai griffonné jeudi dernier, durant ma pause de midi. J'avais déjà évoqué la main de gloire à l'occasion de ma trente-huitième histoire de sorcellerie, mais ce poème-ci l'aborde d'un point de vue différent.
L'exergue est un peu long et peut-être superflu, cependant je trouvais intéressant de citer le Petit Albert...


La Main de gloire

On prend la main droite ou la gauche d'un pendu exposé sur les grands chemins ; [...] puis l'on compose une espèce de chandelle avec de la graisse de pendu, de la cire vierge & du sésame de Laponie, & l'on se sert de cette main de gloire comme d'un chandelier, pour y tenir cette chandelle allumée ; & dans tous les lieux où l'on va avec ce funeste instrument, ceux qui y sont demeurent immobiles.
-
Secrets merveilleux de la magie naturelle et cabalistique du petit Albert
Lyon, éd. Héritiers de Beringos fratres, 1782
Chap. 45, La main de gloire, & ses effets, p. 115.

Vieille sorcière, en ce soir où vas-tu ?
Au noir gibet, dépouiller un pendu
De sa main gauche à présent grise et sèche,
De ses cheveux pour en faire une mèche ?
Après cela, vas-tu tailler son gras,
En faire un cierge à caler dans ses doigts ?
Je te connais : comme chaque boiteuse,
Tu es sorcière ainsi qu'une voleuse ;
Si main de gloire entre en ta possession,
Tu frapperas à coup sûr nos maisons !

02/05/2013

mardi 7 mai 2013

Rien que pour vos yeux

J'ai écrit la microfiction ci-dessous à l'occasion d'un jeu d'écriture du forum du Cercle des Maux d'auteurs. La consigne était de raconter en détails le fait divers suivant : Un adulte (homme ou femme) se retrouve à l'eau. Il est repêché.
J'ai peut-être un peu abusé du name dropping, d'autant plus que le texte a dû être sévèrement élagué pour passer sous la limite des 3.500 signes imposés ; sa densité actuelle s'ajoutant aux références le rend peut-être un peu pénible à lire...

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Laurie s'est déguisée en sachet de thé. Original, non ? Ce n'est cependant pas l'avis de sa colocataire, Jessica, qui proteste : « Un costume de bal masqué, ça doit être sexy : tu pouvais être une infirmière-sexy, un chat-sexy, une fliquette-coquine ou une infirmière-salope mais non, il a fallu que tu nous bricoles cette horreur en vieux carton ! » Laurie n'écoute pas vraiment. Elle n'a pas spécialement envie de sortir, ce soir, mais s'est une fois de plus rendue aux insistances de son amie. Si cela n'avait tenu qu'à elle, elle serait restée à l'appartement, avachie sur le divan, à se faire un « marathon James Bond » en avalant de grosses cuillerées de Häagen-Dazs.

Petite concession faite à Jessica, la jeune fille accepte de renoncer au legging qu'elle avait prévu de porter sous son costume. Elle se sent à moitié nue, avec le carton qui ne lui descend qu'à la mi-cuisse mais cela semble satisfaire davantage l'autre qui s'enthousiasme un peu plus (« Voilà. C’est pas sexy-sexy mais, au moins, on peut mater tes jambes. ») tout en continuant à rouspéter contre l’absence de décolleté, lui proposant une fois de plus de vite enfiler son costume de démone-cochonne de l'année passée. Laurie refuse, bien sûr.

De toute façon, il est temps de se mettre en route. Les deux amies prennent le métro, Jessica ne manquant pas de se faire siffler — déclarant avec bonne humeur que, pour une fois, cela ne la gêne pas car c'est un signe que son costume sexy de Wonder Woman lui va bien — et Laurie de rester bloquée dans le portillon automatique qui n'a pas été conçu pour laisser passer un sachet de thé de son gabarit… La fête n'a pas lieu très loin ; sur une péniche, ce qui (d'après Jessica) est un must en ce moment. Inutile de dire que cela n'enthousiasme guère Laurie.

Elle ne s’y amuse pas, bien sûr : pleine de pompiers-sexy, de gladiateurs en slip de fourrure et de pirates éméchés, la soirée n’a vraiment rien à offrir qui plaise à notre prude étudiante en lettres germaniques. Sortie « prendre l'air » il y a déjà une demi-heure, elle attend accoudée à la rambarde — entre un groupe fumant une cigarette et un autre fumant elle ne sait quoi — que Jessica ait fini de s'amuser et qu’elles puissent retourner à l'appartement.

Soudain, un type en costume de Batman surgit dans son dos, la saisit par la taille et la fait basculer tête la première dans la flotte en criant « Tea time ! » avant de s’en aller, fier comme s'il avait sauvé Gotham City, sans un regard pour sa malheureuse victime. Celle-ci boit la tasse, jure comme un pirate éméché, puis s'extirpe de ce qu'il reste de son costume : une masse informe de pâte à papier. Très vite, une bouée lancée de la péniche atterrit tout près d’elle. Laurie hésite un instant puis l’agrippe, résolue à surmonter sa gêne de devoir se montrer à quiconque ainsi trempée et seulement vêtue de ses sous-vêtements blancs.

Alors qu'il l'aide à enjamber la rambarde (par chance, les fumeurs de cigarettes et ceux d'elle ne sait quoi sont entre-temps partis, lui épargnant une humiliation), Laurie détaille son sauveur. Ce n'est vraisemblablement pas non plus un fan de bals masqués ; il est simplement vêtu d'un jeans et d'un sweat-shirt et porte un masque vénitien remonté sur le front — accessoire minimaliste qui trahit bien souvent le gars là par obligation et qui s'ennuie.

« Laissez-moi deviner : vous êtes Honeychile Rider dans Dr. No. », dit-il avec un sourire charmant et en lui offrant son pull.