jeudi 26 janvier 2012

Reflets d'Ombres n°26

Cela fait déjà un moment mais je n'en avais pas encore parlé ici : je suis publié dans le numéro vingt-six du fanzine Reflets d'Ombres. Ma nouvelle s'intitule Une lettre pour Zatchlas et a été écrite dans la continuité de Le Sorcier d'à côté, qui a récemment été publiée dans Les Hésitations d'une Mouche. Il n'y a pas de lien direct entre les deux textes, cela dit ; on peut même repérer des contradictions. Disons que le personnage est à la fois le même et différent. Il évolue aussi bien en fonction des circonstances du récit que de celles de sa rédaction. En tout, j'ai écrit cinq histoires le mettant en scène, en juin et juillet derniers — peut-être aurez-vous donc l'occasion de lire la suite de ses aventures. J'ignore si je reviendrai vers lui ; je ne prévois en tout cas pas de le faire dans l'immédiat.

J'ajouterai que je ne puis assumer la paternité du narrateur, vu que ce n'est pas un personnage de papier. Il s'agit en fait de mon colocataire et ami Gregory qui a gentiment accepté de se prêter au jeu. Je l'en remercie et ose espérer ne pas l'avoir trop mal rendu...

Vous pouvez lire cette nouvelle (et les autres du numéro aussi, pas de jaloux !) sur le site de Reflets d'Ombres. Une version papier devrait suivre mais n'est pas encore disponible à la vente. Je vous tiendrai au courant.

Juste un détail : une citation latine figure dans ce texte et l'équipe du fanzine a choisi de ne pas en intégrer la traduction. Pour ceux qui ne lisent pas le latin dans le texte, je l'ajoute en bas de ma note. Attention, ne la lisez pas avant d'y être arrivé dans la nouvelle pour ne pas vous gâcher le plaisir de la lecture !
Il y a ici un Égyptien nommé Zatchlas, prophète du premier ordre. Dès longtemps il s'est engagé avec moi, au prix d'une somme considérable, à évoquer temporairement une âme du fond des enfers, et à lui faire animer de nouveau le corps qu'elle aurait quitté. (Traduction : M. Nisard)

mercredi 25 janvier 2012

Les livrets cartes postales des éditions D'un noir si bleu

J'ai récemment eu envie de tester les livrets cartes postales des éditions D'un noir si bleu. Devant la difficulté de faire mon choix sur base des synopsis minimaux que propose leur site et parmi un catalogue d'écrivains qui m'étaient inconnus — c'est d'ailleurs finalement un employé de la libraire Point Virgule qui s'est chargé pour moi d'en sélectionner « des qui ont l'air bien » —, je me suis dit qu'il pourrait être intéressant d'en faire de petites critiques à destination des acheteurs potentiels.

Tout d'abord, je dois me dire séduit par le concept. C'est bien pensé et, dans l'ensemble, bien réalisé. Il y a donc selon moi de bonne chance pour que ce format devienne vite un standard des amoureux de la littérature désireux de la faire découvrir à leurs correspondants. Petit bémol : vu que ces livrets sont destinés à être envoyés, il aurait peut-être mieux valu éviter d'imprimer leur prix sur le rabat. Heureusement, un timbre un rien décalé suffit à couvrir l'indélicate inscription.

Voici maintenant, dans le détail, ce que j'ai pensé des livrets cartes postales que j'ai lus.

Nouvelle issue de la série Omar Khayyen rassemblant des créations liées à l'univers du vin, ce récit est celui de la rencontre entre un jeune diplômé en œnologie et un mystérieux sans-abri parisien. C'est agréable à lire et même facile, malgré un usage selon moi un peu abusif du subjonctif imparfait.
La remarque que je formulerais concerne une tension légèrement paradoxale présente au sein du récit. Celui-ci se veut réaliste, notamment à travers un portrait digne du SDF — cherchant à éviter les stéréotypes sans pour autant être franchement original —, mais présente des hasards réellement romanesques nuisant à sa vraisemblance. Cela n'attaque en rien le plaisir de lecture mais certains pourront y voir le signe d'un projet littéraire pas tout à fait réfléchi ou abouti.
Notons encore la présence de références et d'un vocabulaire œnologique qui m'ont à peu près toutes échappées. Néanmoins, les connaisseurs apprécieront.
Dernier point un peu plus négatif : la carte en elle-même — la « couverture » du livret — est, soit une reproduction de mauvaise qualité d'une peinture, soit la reproduction d'une peinture un rien déteinte. Elle apparaît donc fort pâlotte, ce qui est très dommage car, dans cet emploi de carte postale, le contenant est aussi important que le contenu, la forme autant que le fond.

Sans nul doute ma préférée parmi les quelques nouvelles lues de cette collection ; l'histoire simple d'un père et un fils qui partagent un verre de vin (celle-ci aussi fait partie de la série susnommée). Un bel instant saisi, traité tout en délicatesse et nuances.
Du point de vue du style, c'est impeccable : l'écriture est très personnelle et travaillée. Poétique aussi, cette impression étant accentuée par l'insertion au sein du récit d'un poème rédigé par le protagoniste principal. Le sujet — la relation père/fils — n'est pas original mais est abordé ici avec légèreté et non sans humour. Une lecture très agréable, par conséquent.
Rien à redire sur la couverture, elle vaut bien des cartes postales.

Ceux qui me connaissent bien me savent assez hermétique à la culture japonaise. Je partais donc avec un a priori négatif sur cette nouvelle écrite en juin dernier dans un contexte « post-Tsunami » (les bénéfices liés à sa vente sont reversés à la Croix Rouge). Au final, elle ne m'a pas trop déplu.
La principale critique formulable est son côté obscur. L'auteure multiplie les références (au travail de Miki Nitadori, qui signe la couverture et dont je ne sais rien, à des personnes — Kaï, Iannis, Florence — qu'on devine être des amis à elle sans en savoir plus) et n'explique pas grand chose. Les puristes lui disputeront donc le statut de nouvelle littéraire, vu qu'elle n'en a guère les caractéristiques et s'apparente à un mini-essai (comme on en a vu d'autres apparaître à la même période, tels que le Tu n'as rien vu à Fukushima de Daniel de Roulet dont je ne pense pas assez de bien pour le détailler).
Bref, il faut rentrer dedans. Au final, lorsqu'on fait abstraction des questions restées sans réponse, le style est intéressant ; fort travaillé, de nouveau. Le déballage intime que fait Isabelle Blondie — ce livret était-il réellement la bonne occasion pour livrer une anecdote de sa vie sexuelle ? — pourra néanmoins rebuter certains. Sans doute ce récit plaira-t-il cependant aux passionnés du Japon...

Nouvelle noire sur fond de récit du terroir, du genre qui se laisse lire : pas désagréable pour un sou, pas non plus très marquant. Le style est fluide et agréable. Une lecture facile pour peu qu'on considère que lire un livret d'une poignée de page puisse être une tâche ardue...
On pourrait juste regretter que la chute — pourtant assez bonne — se laisse deviner plus d'une page à l'avance. Peut-être aurait-il été préférable de conserver l'effet de surprise pour la rendre plus marquante...
C'est sans doute l'image de couverture la plus jolie parmi celles que j'ai eues en main.

La description truculente d'un départ en vacances de famille nombreuse. L'auteure joue avec les clichés mais fait parfois mouche malgré peu d'idées neuves. Le récit est à l'image du trajet qu'il raconte ; il n'avance pas. Il n'y a pour ainsi dire pas de progression entre le début et la fin du récit ; l'auteure procède par anecdotes, ajout de réflexions, sauts du coq à l'âne... Cela convient bien avec l'histoire racontée mais s'avèrerait fatiguant dans le cadre d'un récit plus long. J'ai trouvé les descriptions tortueuses et parfois un peu obscures. Le style peut également apparaitre inutilement lourd et compliqué.
Autre critique importante que je formulerais : le récit est daté. S'il rappellera sûrement des souvenirs aux lecteurs qui ont connu une époque sans téléphone, il apparaîtra différemment aux plus jeunes qui, comme moi, éprouveront des difficultés à se reconnaître dans cette situation.
Enfin, les pixels sont visibles sur l'image de couverture, détail selon moi impardonnable pour une carte postale.

dimanche 22 janvier 2012

L'Orpheline aux yeux de feu follet n° 3

De nouveau en retard sur le planning initial mais, au moins, le projet continue avec, mine de rien, une certaine régularité.


Au sommaire :
La mise en page ayant exceptionnellement été faite sur un ordinateur différent du mien, il est possible qu'elle diffère légèrement des précédentes. J'espère en tout cas n'avoir pas commis trop d'erreur... Bonne lecture et merci de parler de la fanzilettre autour de vous.

vendredi 6 janvier 2012

Ma succube bien-aimée

Microfiction écrite dans le cadre d'un jeu d'écriture du forum du Cercle Maux d'Auteurs (le n° 76). Le thème était "les vacances de Noël", avec une limite à 3500 caractères et la contrainte de placer cinq mots dedans : somnolence, bacchanales sésame, humus, hallucinations. Mon texte se base sur une citation faite par Mircea Eliade dans son livre Le Chamanisme.

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Tout a commencé vers le quinze décembre, lorsque les jours sont les plus courts et les âmes les plus tristes. Couché seul dans mon lit double, j'attendais en vain le sommeil dans cet étrange état de somnolence bien connu des insomniaques et des mélancoliques. Incapable de dormir, mon esprit n'était cependant plus assez présent pour me permettre une activité intelligente. Je délaissais donc le livre posé sur ma table de chevet tandis que je me retournais entre les draps. Inconfortablement installé quoique le duvet n'ait pas changé depuis ma dernière bonne nuit, je priais Morphée de m'offrir le sésame de ses bras.
Soudain, un esprit vint à moi. Mais puis-je vraiment dire qu'il est apparu soudainement, n'était-il pas déjà depuis longtemps là à m'observer ? Je ne saurais en jurer. C'était une femme fort belle. Elle me dit : « Je suis l'áyami de tes ancêtres, celle qui vient réconforter les hommes lorsqu'ils en ont le plus besoin. Je t'aime. Tu seras mon mari et je serai ta femme, au moins pour un temps. » Elle se jeta alors amoureusement sur moi. Pris de surprise, je voulus lui résister. « Si tu ne veux pas m'obéir, tant pis pour toi. Je te tuerai. » Je couchai donc avec elle comme avec l'amante dont je rêvais depuis des mois et ce malgré la frayeur qu'elle m'inspirait. Puis, elle partit mais fut de retour dès le soir suivant. Durant les jours qui précédèrent et suivirent le solstice, elle ne rata aucun de nos rendez-vous nocturnes.
Ses traits, ou peut-être mes hallucinations, changeaient presque à chaque fois. Tantôt jeune et fraiche, elle m'apparaissait la nuit suivante plus mature. La seule constante semblait être la fascination mêlée de crainte qu'elle m'inspirait. D'autres fois, elle revêtait des caractères animaux. Elle se présenta ainsi une nuit sous l'aspect d'un tigre ailé et m'emmena sur son dos. Nous volâmes loin, vers des terres qui n'avaient rien de commun avec celles que je connaissais. J'étais dans le monde des esprits et elle reprit la première forme que je lui ai connu pour me le faire découvrir. D'abord ce fut une faune et flore inconnues et la chaleur d'un sol différent du nôtre sous mes pieds, puis elle me montra son corps nu sous la lumière d'un lune autre et nous fîmes l'amour contre la douce senteur de l'humus.
Mais, déjà, ses visites s'espacèrent. Le charme dura à peine quelques semaines : jusqu'à Imbolc, lorsqu'on porte les flambeaux chassant pour l'année le mal amené par l'hiver. Ce qui n'est aujourd'hui plus que la fête des crêpes fit néanmoins fuir ma belle amante, mettant ainsi fin à mes bacchanales hivernales. Nous sommes en mai et je pense toujours à elle chaque soir, espérant qu'elle me reviendra dès l'année prochaine. Oh comme j'ai hâte de voir les jours recommencer à raccourcir !