samedi 26 novembre 2011

L'Orpheline aux yeux de feu follet n° 1

Il aura fallu un peu plus de temps que prévu mais le voilà : le numéro un de la fanzilettre sort aujourd'hui !

Téléchargez-le gratuitement et imprimez-le pour vos amis !

Merci aux contributeurs à ce premier numéro, et en particulier à Lucile dont l'enthousiasme et les appréciations m'ont été bien utiles.

Au programme, donc :
- La fameuse explication du titre que j'avais promise ;
- Un poème de Gabrielle Seignemartin ;
- Une microfiction de Gabrielle Savière (et oui, une deuxième !) ;
- Une illustration et une microfiction de Lucile Fontenit
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Bonne lecture et à dans quinze jours pour un second numéro (si tout se passe bien) ! N'oubliez pas que vous pouvez contribuer à la fanzilettre via orpheline.feufollet@gmail.com
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jeudi 24 novembre 2011

Un jardin d'automne

Poème écrit dans le cadre d'un jeu d'écriture du forum du Cercle Maux d'Auteurs (le n° 75). La consigne était : « C’est un jardin extraordinaire… chantait Charles Trenet. Écrivez donc une histoire, une aventure, un conte… dans un jardin d’automne d’ici ou d’ailleurs, un jardin forcément… extraordinaire ! »
Il y aura quelques maladresses à corriger, surtout au niveau de la métrique. Vos critiques sont donc les bienvenues (même si j'en ai déjà eu beaucoup via le forum des MDA).



Billet édité le 13 décembre 2015 : La première version de ce poème, très imparfaite, a désormais été effacée du blog. Il me tient cependant à cœur qu'il reste lisible, car il constitue le point de départ d'une longue série, elle-même à la base de mon premier recueil, intitulé Contes du sabbat et autres diaboliques amuseries. Le voici donc dans son ultime version, incluse dans le recueil.


Un jardin d'automne

Un jardin d'automne
Entouré de murs ;
La mer qui fredonne,
Roulant ses flots purs.
Courbant les pommiers,
De beaux fruits rougeoient
Loin des flots glacés
Où d'aucuns se noient.

Bien des fleurs friponnes
Profitent des murs ;
Hors du froid d'automne,
L'endroit reste sûr
Car c'est le jardin
D'une magicienne
Qui le soigne bien,
En est la gardienne.

Là point ne se fanent
Les rêves pondus
Sans peur et sans panne
Par des geais dodus.
Au centre un étang ;
Dame s'y promène,
Parle aux korrigans,
Courtise leur reine.

À cette famille
De gardiens des flots
Peuplant l'eau croupie,
Le frêle roseau,
Contre le printemps
Qu'ici ils retiennent
Elle offre son sang
Leur ouvrant ses veines.

— Tout l'automne encore,
Maîtresse peux-tu
Soustraire à la mort
Nos corps si ténus ?
Dans ton beau jardin,
Par pitié accepte
Qu'ignorant la faim
Mille oisillons bectent. »

— Par Pan je le jure,
Qu'il en soit ainsi :
J'offre la pâture
Pour l'hiver aussi. »
Son sang vermillon
Coulant sur la glace,
Toute la saison
Et les frimas passent.

dimanche 13 novembre 2011

Concours de la bibliothèque « Livre-Choix » de Doische : compte-rendu

Voilà déjà longtemps que j'avais prévu de publier mes impressions sur le concours de nouvelles de la bibliothèque « Livre-Choix » de Doische et plus particulièrement sur sa remise des prix qui a eu lieu le seize septembre. Pas mal de temps s'est écoulé depuis mais je refuse d'y renoncer pour plusieurs raisons. D'abord parce que Doische est ma commune et qu'étant un habitué de sa bibliothèque, j'ai été particulièrement enthousiasmé par son concours ; ensuite car ce fut, sur une déjà longue ribambelle de concours, le seul dont je pus assister à la remise des prix ; et enfin parce que de ce concours est né l'un de mes textes préférés : Miaulements dans la nuit, que je ne désespère pas parvenir à publier un jour quelque part.

J'ai été mis au courant du projet de concours bien avant son lancement officiel. Guère étonnant vu que ma maman gère l'un des relais de la bibliothèque et que ce fut mon graphiste de frère, Émile, qui a été chargé de mettre en page le règlement de celui-ci. Cependant, l'un et l'autre ont refusé de me donner le plus petit indice sur son thème et je dus ronger mon frein comme tout le monde. Étant à Namur au moment de son lancement, c'est dans ma boite aux lettres que j'ai reçu le règlement accompagné de la fiche d'inscription. J'ai en effet une maman qui encourage mes projets littéraires et avait jugé que plus tôt je l'avais, mieux c'était.

J'ai donc enfin pu découvrir le thème de ce tout nouveau concours : la nuit. Ça tombait bien, j'avais depuis quelques mois une idée qui y collait bien. J'avais d'abord pensé essayer d'en faire un roman mais avais abandonné le projet en me rendant compte qu'il n'y avait pas là matière à un si long texte. L'idée végétait donc, comme en attente du fameux concours qui lui donnera l'occasion d'être exploitée. Mon texte, qui devait être remis pour le trente-et-un mai, a presque entièrement été écrit à la bibliothèque universitaire Moretus Plantin où je révisais alors. Il fait ainsi partie de la minorité de ceux que j'ai d'abord rédigés sur papier avant de les dactylographier — ce qu'à vrai dire, je devrais faire pour tous mais choisis presque toujours la voie de la facilité.

Je le remis tout juste à temps et n'en entendis plus parler jusqu'à la fameuse remise des prix du vendredi seize septembre, dont je découvris l'invitation à mon retour de vacances. Peut-être était-ce là de l'excès de zèle mais j'avais passé un costume (sans cravate, toutefois) pour m'y rendre. Cela n'a pas manqué d'amuser mes frères et sœurs : « et si tu ne gagnes rien ?
» m'a-t-on demandé, ce à quoi j'ai répondu que je n'avais pas besoin d'être lauréat pour être coquet. L'heure n'arrangeant pas mes chauffeurs habituels — étant trop fainéant pour passer mon permis de conduire, je reste fort dépendant de mes proches à ce niveau et ce même si ma destination n'est, comme elle l'était ce soir-là, qu'à cinq minutes de chez moi —, je m'y suis rendu avec des amis ayant également participé. La remise des prix a eu lieu dans la salle de mariage de la commune, sous les portraits du couple royal. Elle était presque pleine ce qui est déjà en soi un succès pour ce concours. Je ne connaissais pour ainsi dire personne. On me présentait et je m'entendais dire que je ressemble à mon père. En cela, rien de bien étonnant ou inhabituel...

La remise des prix a commencé par une présentation du jury du concours, composé de six juges issus des milieux de l'enseignement ou du bibliothécariat et présidé par l'écrivain François-Xavier Heynen. S'en suivent des précisions sur leur méthode de délibération et la proclamation des résultats. En catégorie adulte, celle où je concourrais, le podium est composé de Sur la soie noire de ma nuit blanche de Marie-Paule Ledoux, de Pleine lune de Anne-Marie Guerit et de La grange de Hélène Stevens. Dans la catégorie
« 16-18 ans », mon amie Pauline Herregodts reçoit le premier prix avec Roux comme la lune et Grégoire Barranco fait une belle entrée en littérature en remportant, avec La nuit d'enfer, le premier prix de la catégorie « 9-12 ans ». Quant à mes Miaulements dans la nuit, ils ont fini dix-huitième. Je mentirais en disant n'avoir pas été un peu déçu mais c'est là le problème des textes fantastiques : soit ils plaisent... soit pas du tout, en fonction du lecteur et de sa sensibilité. Apparemment, cela n'a pas trop bien collé cette fois... à moins qu'il soit juste mauvais, ce qui est aussi très possible. Heureusement, le drink qui a suivi m'a très vite fait oublier ma légère frustration.

Au final, je ne peux que féliciter l'équipe du foyer culturel pour cette belle organisation et vivement souhaiter que le concours soit de retour dès l'année prochaine. On l'attend avec impatience !

mardi 8 novembre 2011

Club de lecture : le procès de Tuer le père

Le livre au centre de cette première séance du club de lecture était Tuer le père, le tout dernier roman d'Amélie Nothomb. Au cours de la soirée, nous nous sommes livrés au jeu du procès de ce livre (inspiré bien évidemment des éternelles controverses suscitées par les œuvres de cette auteure). Je tiens à remercier mon ami Matthias d'avoir gentiment (et brillamment) joué le rôle du procureur. Quant à moi, m'est revenu le rôle ardu d'avocat de la défense.

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Réquisitoire contre Tuer le Père, par Matthias Lepoutre

La magie... Tel est le thème du nouveau roman d'Amélie Nothomb intitulé Tuer le Père. Plus fidèle que les hirondelles au printemps ou que les éboueurs en quête d'étrennes au cours des prochaines semaines, la dame au chapeau nous pond chaque mois d'août un nouvel opus, Tuer le père étant le vingtième.

Mais revenons à la magie : cette histoire œdipienne de prestidigitateurs en est étrangement dépourvue. Tout y est convenu, tout y est facile. L'auteur nous sert le thème cent fois abordé du complexe d'Œdipe, auquel elle n'apporte rien d'original. Voyez par vous-même : Tuer le père conte l'histoire de Joe, un adolescent maigrichon et falot passionné par la magie, chassé du domicile par sa mère alcoolique, faible et obsédé par la gent masculine. Joe trouve un maître et père en la personne de Norman, considéré comme le meilleur magicien de Reno, et tombe éperdument amoureux de Christina, la compagne danseuse de feu de Norman. Et bien évidemment, Joe voudra surpasser son père du substitution, le remplacer dans le monde de l'illusion et dans le lit de Christina.

Amélie Nothomb accumule dans son récit les clichés à tel point qu'il finit par ressembler à une exposition de Nadar. Tout y passe : l'adolescent persécuté, l'élève qui surpasse le maître, l'amour du jeune homme pour une femme plus âgée et sensée être inaccessible... Et la reconstitution le temps d'une trop longue scène du festival Burning Man n'évite pas non plus les poncifs : tous les festivaliers sont des drogués ou des obsédés sexuels, voire les deux. Cet ouvrage est également constellé d'éléments invraisemblables : en effet, au début de l'histoire, Norman ne s'étonne pas que Joe, qu'il n'a jamais rencontré auparavant, entre chez lui sans y avoir été convié et pose son oreille sur sa poitrine afin de vérifier si Norman, occupé à faire la sieste, n'est pas mort. Ce dernier lui propose même un verre de lait. Nombre d'entre nous auraient à sa place fait fuir l'adolescent à coups de cendriers en céramique ou de battes de base-ball, c'est selon.

Et que dire des dialogues, d'une platitude et d'une fine psychologie dignes d'un roman-photo ou d'un épisode de Plus belle la vie ? Deux personnages discutent, Norman et Christina, à propos de Joe :
- Tu as peur de lui.
- Non. J'ai peur pour lui.
- Alors, il est ton fils...
Pour citer l'ancien sniper de Ruquier, Éric Naulleau, comparé à ce florilège de balourdises, Guillaume Musso évoquerait presque Marcel Proust.

Mais le plus éprouvant reste encore le dénouement, construit à la manière d'un twist, élément bien connu des adeptes du réalisateur du Sixième Sens M. Night Shyamalan ou de David Fincher que je ne vous ferai pas l'affront de présenter. Je ne développerai pas cette pirouette scénaristique finale d'une affligeance frôlant l'indécence pour permettre à ceux que je n'ai pas dégoûtés à jamais de la prose d'Amélie Nothomb de la découvrir par eux-mêmes et je la tairai également par respect pour la littérature qui, à l'époque de Katherine Pancol, n'avait vraiment pas besoin d'être sauvagement violentée de la sorte.

En conclusion, je conseille à tous ceux qui n'ont à perdre ni temps si argent d'opter pour une autre lecture, et à mon confrère Julien Noël ici présent de ne plus me faire endurer de tels sévices à l'avenir en me priant de lire cet ouvrage. Je vous remercie.

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Plaidoirie en faveur de Tuer le père, par Julien Noël

Mesdemoiselles et messieurs les jurés, je suis ici ce soir pour prendre la défense de l'écrivaine belge la plus décriée qu'il soit. N'allez pas croire que je prends ici une simple position d'avocat, accomplissant un contrat ; sans être un fanatique de la « dame au chapeau », je dois dire que c'est une auteure que j'apprécie (notamment pour son courageux mépris de l'internet et pour la façon assez admirable qu'elle a de se dépatouiller avec ses origines nobles) et dont je lis toujours les nouveaux récits avec grand plaisir. Son dernier-né — Tuer le père — ne rompt pas la tradition initiée dès 1992 : Amélie Nothomb nous livre une fois de plus une lecture facile et agréable, une découverte envoûtante et dérangeante à la fois.

Envoûtante déjà par sa trame de fond : le monde des magiciens et de leurs spectacles, des tours et des trucs. Mais aussi par la thématique du désir adolescent et du premier amour ; thématique déjà abordée par Amélie Nothomb, notamment dans son second roman — et premier autobiographique — Le Sabotage amoureux, récompensé par le Prix littéraire de la Vocation en 1993.
Dérangeante par le fait que, comme souvent chez cette auteure, nous est présenté une relation tordue, voire brisée : celle d'un père spirituel qui s'est consacré des années à un fils et que celui-ci refuse de reconnaître. Pire : il s'est servi de lui. La relation évolue vers une situation finale (que je peux sans crainte vous révéler car c'est par là que commence le roman) où cohabitent deux personnages incapables de s'entendre tant ils sont séparés par un abîme d'incommunication — ce qui n'est d'ailleurs pas sans rappeler un autre roman de Amélie Nothomb : Les Catilinaires.


Passons un peu en revue les différentes critiques les plus souvent adressées à cette écrivaine, voulez-vous.
Tout d'abord, il y a la brièveté de ses œuvres. Il est en effet de notoriété publique que Amélie Nothomb signe des romans très courts, à vrai dire de larges nouvelles camouflées en romans par un éditeur habile. Tuer le Père fait 151 pages en gros caractères et se trouve donc ainsi en plein dans la moyenne de sa bibliographie, observée du point de vue de l'épaisseur des ouvrages. J'ai envie de dire : et alors ? Peut-on reprocher à un éditeur de parvenir à vendre une nouvelle au prix d'un roman ? J'y vois personnellement une habileté qui force l'admiration. Reprocher alors à l'auteure de ne pas rallonger sa sauce pour en remplir un plat plus grand ? Tout individu se trouvant en dehors d'une optique commercial n'a aucune peine à comprendre que ce serait là une démarche non seulement veine, mais stupide ; ce serait à vrai dire comme mélanger un grand cru à du coca en se disant « comme cela il y en aura plus ». Absurde, n'est-ce pas ? Et aux Lousteau qui y trouveraient tout de même à redire, je ferais juste remarquer les chefs-d'œuvre qui ont épousé ce format. Auriez-vous été dire à Henry James « J'ai bien aimé Le Tour d'écrou mais franchement, on voit que vous ne vous êtes pas foulé ; essayez donc d'écrire de vrais livres, pour changer » ? Impensable, n’est-ce pas ?

Autre reproche classique : la mise en scène d'Amélie Nothomb en tant que personnage dans ses romans. S'il est vrai qu'elle est à nouveau présente dans Tuer le père, je dois faire remarquer qu'elle n'apparaît que dans les quelques pages du récit enchâssant. Au passage, la structure est classique et n'aurait pas fait honte à Maupassant. Et si cela ne suffit pas, je peux toujours appeler à la barre Victor Hugo lui-même qui, dans sa préface aux Contemplations — recueil largement autobiographique —, écrivait en mars 1856 : « On se plaint quelques fois des écrivains qui disent moi. Parlez-nous de nous, leur crie-t-on. Hélas ! quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez-vous pas ? Ah ! Insensé, qui croit que je ne suis pas toi ! »
En outre, cette brève apparition d'elle-même se fait sur le ton de l'autodérision, ironisant à propos de son look via une anecdote que je me plais personnellement à penser réelle. Remarquons au passage que Amélie Nothomb, qui signait en 2009 avec Le Voyage d'hiver une peinture extrêmement dérisoire du métier d'écrivain, semble trouver un certain succès dans cette voie.
Certes, l'un des personnages de Tuer le père présente un trouble alimentaire, mais Amélie Nothomb ne livre pas pour autant une nouvelle Biographie de la faim, loin s'en faut. Son dernier roman est avant tout un livre qui parle de personnages fictifs, de magiciens, et, jusqu'à preuve du contraire, Amélie Nothomb a beau être dotée d'un certain sens de la mise en scène, elle est de loin de faire spectacle à Las Vegas.

Autre critique, liée à celle de la brièveté : Amélie Nothomb ne va pas assez loin. Je pense quant à moi que c'est loin d'être le cas. Elle nous l'a d'ailleurs montré avec Acide sulfurique ; elle n'a pas peur de bousculer le lecteur lorsque c'est nécessaire. Ici, certains constatent qu'elle aurait pu aller plus loin dans sa description du microcosme qu'est le Burning Man (grande rencontre artistique et bariolée qui se tient chaque année dans le désert de Black Rock au Nevada). Mais était-ce vraiment nécessaire ? Enchaîner descriptions et études psychologiques n'est pas son fort ; c'est une raconteuse d'histoire qui se plaît dans la singularité mais ne construit pas son roman sur elle seule. Un livre plus pointu (quoiqu'il l'est déjà, Amélie Nothomb parlant de choses qu'elle connaît, que ce soit le festival lui-même ou la scène d’ivresse au LSD qu'elle y décrit) n'aurait fait que décourager son public habituel. Que les lecteurs qui connaissent déjà cet univers se tournent vers des livres plus poussés, mais laissons à ceux qui en découvrent tout l'abord facile d'un roman de Nothomb. Tuer le père a en cela une vertu éducative : il pousse son lecteur à la découverte d'un monde absolument extraordinaire et relativement peu connu du public européen.
Notons en outre que ce décor peu commun fait de Tuer le père un roman à cent pour cent dans son époque. Amélie Nothomb est véritablement une écrivaine postmoderne, qui emmène son lecteur à la découverte d'un univers bigarré, où se côtoient drogues et musique électronique (ce qui fait un second point commun entre Tuer le père et Le Voyage d'hiver puisque ce dernier présentait déjà une prise de psilocybes) ; un univers qui refuse catégoriquement la mollesse de la littérature souvent bien pensante à la mode d'aujourd'hui. Pour citer Marc Quaghebeur, l'essayiste bien connu des romanistes : « Chez cet écrivain, une forme de cruauté et d'humour se mêle à un romantisme qui plonge dans l'univers actuel. » On peut bien parler de romantisme. Mais loin des ruines du nord qu'affectionnaient les auteurs du XIXème siècle, Amélie Nothomb va chercher sa mélancolie dans un désert, auprès d'une foule de marginaux qui, pour une semaine, crachent sur la société de consommation et bâtissent une nouvelle échelle de valeur : celle de l'art.

Qu'en est-il du style ? Certaines mauvaises langues disent qu'en dehors des dialogues (sur lesquels elle n'a pas hésité à faire reposer l'entièreté de son premier roman multiplement primé, L'Hygiène de l'assassin), elle n'en a pas. Force est de constater qu'elles ont bien tort ; j'en tiens pour seule preuve l'extrait suivant (page 90-92) :
« Vêtue d'un simple maillot blanc à longues manches, Christina entra en scène, entourée du tourbillon des bolas enflammés. Le désert entier retentit du dubstep répercuté par les enceintes : aucune musique ne parle autant au ventre, et c'est au ventre que s'adressa la danse de Christina. Une sinuosité s'empara de son corps flexible et ne le lâcha plus.
Le suprême objet de la danse est la monstration du corps. Nous vivons avec ce malentendu que chacun possède un corps. Dans l'immense majorité des cas, nous n'occupons pas ce corps, ou alors si mal que c'est une pitié, un gâchis, comme ces superbes palazzi romains qui servent de sièges à des multinationales quand ils étaient destinés à être des lieux de plaisir. Personne n'habite autant son corps que les grands danseurs.
Le corps de Christina présentait une si forte densité d'elle-même qu'on aurait pu s'éprendre aussi violemment de son orteil que de ses cheveux. Joe frémit de honte à l'idée que pendant trois années de cohabitation, il s'était résumé le corps de Christina à sa minceur. Mince, Christina ? Il n'en était plus sûr. Car si elle était la sveltesse même, elle dégageait un tel impact charnel, une telle charge sensuelle qu'apparaissait sa véritable nature de génie sexuel.
On éteignit. Il n'y eut plus que les bolas de la danseuse qui éclairaient tour à tour sa jambe arquée, son dos cambré ou son épaule savante. Soudain, les yoyos de lumière se muèrent en poignards de flammes — les gestes ondulants de ses bras devinrent lacérations, comme si Christina cherchait à déchirer les ténèbres. La violence de cette ménade arracha à l'assemblée des borborygmes de jouissance. »

Amélie Nothomb — malgré un style parfois un rien inégal, quoique souvent virtuose, comme nous venons de le voir — nous livre ici une œuvre complexe, outre par sa structure de récit enchâssé, par une utilisation assez magistrale de la technique du bluff et de la répétition. Je disais plus haut que Amélie Nothomb n'était pas magicienne ; peut-être avais-je tort. Il apparaît en effet qu'elle est tout à fait apte à berner ses lecteurs, à leur faire regarder dans la mauvaise direction. Tuer le père est pour ses deux tiers un malentendu ; jusqu'à ce que tout s'éclaire, confondant personnages et lecteurs. Nous le savons depuis Cosmétique de l'ennemi ; Amélie Nothomb maîtrise tout à fait le retournement de situation. Elle le prouve ici une fois de plus. Gageons que l'enfant terrible de la littérature belge a encore de nombreux tours dans son sac pour les prochaines rentrées littéraires !

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Les jurés rassemblés en ce lundi sept novembre se sont prononcés à l'unanimité moins deux voix contre Tuer le père. Maître Lepoutre, je vous tire mon chapeau !

lundi 7 novembre 2011

Club de lecture : mot d'introduction

La première séance du club de lecture de la faculté de Philosophie & Lettres vient de s'achever. Je ne vois pas vraiment l'intérêt d'en faire un compte-rendu — vous n'aviez qu'à venir — mais tiens tout de même à poster ici les notes des différents exposés, juste afin d'éviter qu'elles se perdent. Et puis, qui sait, cela pourrait éventuellement être un jour utile... Voici donc pour commencer mon mot d'introduction. Ça reste bien sûr un peu brouillon, mais on ne consacre pas à ce genre de texte autant de temps qu'à d'autres.
Au fait, j'assume mes ridicules didascalies. Les gens ont ri. Un peu.


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Lorsque j’ai commencé à penser au déroulement que prendrait la première rencontre de ce club de lecture, l’idée qu’il me fallait dire un mot d’introduction s’est imposée d’elle-même. Peut-être était-ce là un besoin égocentrique de me mettre en avant en ouvrant la séance, peut-être cela partait-il d’une bonne intention, celle d’un peu briser la glace, de démarrer les choses en douceur pour ne pas effaroucher l’audience. Bref, j’y ai à peine réfléchit. Il fallait juste un mot d’introduction.

Le hic est qu’au moment de préparer ce petit discours, les idées se sont avérer me manquer cruellement. Ce n’est pas vrai, j’en avais tout de même une : souhaiter la bienvenue à tous. Bienvenue à tous. Oh, en voilà une deuxième : je suis heureux de vous voir si nombreux. À dire avec un sourire heureux, cela va de soi. *Sourire heureux* Je suis heureux de vous voir si nombreux. Et s’ils ne sont pas nombreux ? Pas de problème, il suffit de le dire avec un air ironique. Je suis heureux de vous voir si nombreux (*air ironique*).

Et maintenant ? J’ai pensé à plusieurs choses. Je pourrais peut-être faire un commentaire niais sur la joie que je me fais du beau partage qui s’annonce. Avec une formule choc du style : Si j’ai une pomme et que je la donne à quelqu’un, je n’ai plus de pomme. Mais si j’ai une idée et que je la donne à quelqu’un, nous avons chacun une idée. Ou alors, je pourrais faire une comparaison avec la lumière qu’on se passe sans la perdre. Trop cliché ? J’en ai peur...

Mon idée suivante était d’établir des règles de base. Avec un ton sévère, sinon ça ne marche pas. (*ton sévère*) Règle numéro un : on ne parle pas du club de lecture ! Règle numéro deux... on ne parle pas du club de lecture. Hum, voilà qui n’est pas moins cliché que l’idée précédente. Et déjà fait, de surcroit...

Que faire alors ? Mais suis-je bête ! C’est un club de lecture, je n’ai donc qu’à lire un texte (pensais-je alors soudain). Oui, mais les gens risquent de penser que je ne me suis pas foulé, de prendre ça pour un manque de motivation ou, pire, d’inspiration.

J’ai donc décidé de rédiger ce petit discours qui traite de sujets sur le mode d’impossibilité de leur traitement, juste histoire de montrer que j’y ai réfléchi. Et puis, avec un peu de chance, cela a atteint le but initial : la glace est-elle brisée  ? Si l’on n’y est pas encore, il n’est pas trop tard car voici la lecture que j’annonçais. Avec un peu de chance, Bernard Pivot s’en sortira mieux. Après tout, animer des soirées littéraires a longtemps été son métier...

(*Débuter la lecture d’un extrait — pp. 200-202 — de Les mots de ma vie avec un sourire complice*)

jeudi 3 novembre 2011

Fanzilettre : FAQ

Voici une petite foire aux questions reprenant plusieurs précisions qui m'ont déjà été demandées concernant la fanzilettre. Je pense que cela devrait éclaircir un peu les choses, mon premier message restant somme toute assez vague. Vous pouvez bien sûr continuer à me questionner pour l'étoffer ; les commentaires sont là pour cela (dernière mise à jour le 07-11-2011).

J'ai un peu de mal à comprendre concrètement où tu veux en venir. Peut-être pourrais-tu approfondir ton projet ?

Très concrètement, le projet se base sur la fanzilettre créée par Gulzar Joby et consacrée à la science-fiction. Ici, je pars plutôt sur une thématique fantastique. Afin d'éviter de trop se disperser vu que le format est très petit, j'ai décidé de la restreindre à la seule figure du sorcier. Cette ligne éditoriale pourrait éventuellement inclure des textes réalistes — à condition qu'il s'agisse d'une perspective historique (basée, par exemple sur le thème de l'inquisition) ou exotique (l'exemple du chaman me parait être le plus parlant) — voire merveilleux. L'idée est avant tout de montrer la diversité de l'archétype et de ses approches littéraires, principalement à travers la publication de microfictions.
D'autre part, la fanzilettre pourra également accueillir des illustrations (ne fut-ce que pour égayer un peu la mise en page — en noir et blanc, les illustrations, j'ai oublié de le préciser), des critiques ou des articles plus journalistiques (par exemple sur La jarretière comme signe des sorcières, sur telle ou telle figure mythologique précise, sur la bande dessinée Isabelle ou sur n'importe quel roman faisant la part belle aux sorciers), du moment qu'ils respectent la ligne éditoriale. Il s'agit d'un projet sérieux mais pas trop guindé : je n'envisage pas de comité de lecture à ce stade donc — vu que la question de rentabilité ne se pose pas — pratiquement toutes les contributions devraient être acceptées pour peu qu'elles ne soient pas hors-sujet ou vraiment désastreuse du point de vue de la langue.
Vraiment, ce sera comme la fanzilettre de SF susnommée ; si vous avez du mal à visualiser, vous pouvez télécharger un numéro pour vous faire une idée. En fait, ce sera avant tout une anthologie régulière de textes sur un même sujet, participative et sans prise de tête (en tout cas, c'est ainsi que je la conçois).

Que veux-tu dire exactement par "la figure du sorcier dans les arts" ?

La formule un peu obscure de "figure du sorcier dans les arts" a été trouvée afin de restreindre un peu la thématique très large du fantastique (indispensable vu l'étroitesse du format). La fanzilettre touchera donc cet aspect précis qui m'intéresse particulièrement et qui, j'espère, touchera d'autres personnes. Après, il ne faut pas se limiter aux méchants de contes de fée (même s'ils sont les bienvenus). Lorsque je dis "sorcier", je pense personnellement aux magiciennes de l'Odyssée ou du mythe des Argonautes (Circé, Médée), à celles de L'Âne d'or d'Apulée, de Macbeth, à Merlin, à Raspoutine et à Baba Yaga... À tous ces personnages — fictifs ou historiques, ou les deux à la fois — géniaux et à tous ceux qui peuvent être imaginés sur leur modèle.

Où et comment sera-t-elle diffusée, cette fanzilettre ?
Niveau diffusion, cela se passera exactement comme pour la fanzilettre de Gulzar Joby : elle sera proposée librement au téléchargement et c'est à chacun de la diffuser, soit en échangeant le lien de téléchargement, soit en imprimant des exemplaires pour ses proches. Je trouve que c'est une façon très intéressante de publier un contenu de façon économe sans tomber dans le piège (de mon point de vue, c'en est un) du support purement numérique.

Je ne pense pas que ce soit pour moi. Harry Potter, ce n'est pas trop mon truc...
Oh, l'exemple de Harry Potter n'est là que façon de parler, en justification de mon choix. Personnellement, j'ai beau les avoir lus et relus, ça fait des années que je n'en ai plus ouvert un seul. La fanzilettre ne doit absolument pas se limiter à cela ; on voit d'ailleurs à mes influences que je suis plus proche d'un univers "classique" que contemporain, et sûrement pas restreint à la littérature "adolescente".
Certes,
L'Orpheline aux yeux de feu follet accueillera sans doute beaucoup de contributions de fort jeunes auteurs car c'est un sujet qui touche davantage cette tranche d'âge mais il serait vraiment malheureux que ce soit son seul public car le thème peut aisément être traité de façon plus mature.


Acceptes-tu les articles davantage consacrés à l'ésotérisme ou relevant des sciences occultes ?
Ça dépend. L'idée de base est d'écrire non pas sur une "méthode" (pas d'article pratique) mais plutôt sur des anecdotes, des détails assez légers (ou traités de façon légère) propres à intéresser un public davantage attiré par le fantastique que par l'ésotérisme. Cependant, toute contribution est la bienvenue et je promets de les lire avec la plus grande attention, quelles qu'elles soient. Après, tout ne pourra sans doute pas être accepté.
..

Pourquoi, à la place de la figure du sorcier, ne pas plutôt consacrer la fanzillettre à ses fesses ?
Bien vu... J'ai envie de répondre "parce que son format est réduit tandis que j'aime à penser que les sorcières ont les hanches larges".

mardi 1 novembre 2011

Fanzilettre : la grande aventure commence

Sitôt que j'ai découvert le concept de fanzilettre (fanzine — fanatic magazine — d'une page recto-verso à télécharger en .pdf et à imprimer chez soi) créé par Gulzar Joby, le fondateur de l'encore jeune La vérité est sous votre nez, j'ai eu envie d'imiter cette excellente initiative. J'ai successivement reporté ce projet depuis plusieurs semaines mais ça y est, voilà qu'il est lancé.

La fanzilettre que je m'emploie à faire naître s'intitulera L'Orpheline aux yeux de feu follet (mes excuses de ne pas déjà expliquer ce titre un peu énigmatique, mais j'en perdrais le contenu de mon premier éditorial) et sera centrée sur la figure du sorcier dans les arts. Comme beaucoup, je suis venu à la lecture et ensuite à l'écriture par le genre fantastique. Il reste l'un de mes favoris, celui vers lequel je reviens toujours et dont je ne pense pas pouvoir me lasser un jour. Au sein de ce grand ensemble foisonnant, ce qui m'a toujours le plus fasciné sont les personnages de sorciers, magiciens ou enchanteurs (et leurs pendants féminins, bien entendu). On peut y voir un effet de la "génération Harry Potter" à laquelle j'appartiens, ou simplement l'attrait naturel de cette figure qu'on pourrait qualifier d'archétype. Toujours est-il que, de tous les personnages mythiques ou fantastiques, ce sont mes préférés. D'où mon envie de créer un espace consacré à leurs multiples facettes.

Il va de soi qu'une telle fanzilettre ne peut exister par ma seule plume ou volonté. J'en appelle donc à vos contributions : fictions narratives courtes, illustrations, critiques littéraires ou cinématographiques, articles en tous genres... Je ne fixe pas de limite de longueur afin de ne pas brider votre inspiration mais gardez à l'esprit que L'Orpheline aux yeux de feu follet ne s'étendra que sur une page recto-verso (dont le rythme de publication sera sans doute assez irrégulier ; je pars sur la base d'un numéro tous les quinze jours mais cela dépendra surtout des contributions reçues). Vos contributions sont à envoyer à orpheline.feufollet@gmail.com ; réponse systématique garantie (sentez-vous libre de me relancer si vous ne recevez aucune nouvelle de ma part) ; des corrections pourront être demandées avant publication. N'hésitez en outre pas à me poser vos questions via cette adresse électronique ou en commentaire, ainsi qu'à parler du projet autour de vous.